La France a enregistré 663 000 naissances en 2024, son plus faible niveau depuis 1945, et plusieurs travaux récents convergent pour annoncer que ce recul de la fécondité s’installe durablement dans la société française.
Le constat dépasse le simple chiffre annuel. Démographes et institutions publiques décrivent un mouvement de fond, aux effets attendus sur l’école, le marché du travail et l’équilibre des retraites, qui place la natalité au centre du débat public sans qu’aucune réponse claire ne se dégage pour l’instant.
Une fécondité au plus bas depuis l’après-guerre
Selon l’Institut national d’études démographiques, l’indicateur de fécondité a chuté de près de 20 % en dix ans, passant d’environ deux enfants par femme en 2014 à 1,6 en 2024. Le nombre idéal d’enfants déclaré par les Français a lui aussi reculé, de 2,7 en 1998 à 2,3 en 2024.
L’Ined estime que « la baisse de la fécondité est ainsi probablement appelée à se prolonger ». Ses projections situent la descendance finale des générations nées dans les années 1990 entre 1,6 et deux enfants, soit en deçà du seuil de renouvellement des générations, fixé autour de 2,1.
Des effets en cascade sur l’école et l’emploi
Le Haut-commissariat à la stratégie et au plan, rattaché à Matignon, a pointé dans un rapport les conséquences en chaîne de cette évolution. L’organisme relève que le solde naturel, c’est-à-dire l’écart entre naissances et décès, s’est rapproché de l’équilibre en 2025, alors qu’il dépassait 200 000 personnes au début des années 2010.
Les premiers effets se lisent déjà dans le système éducatif, avec quelque 500 000 élèves de moins sur dix ans et des fermetures de classes en maternelle et en élémentaire. Le rapport anticipe une pression croissante sur le marché du travail à mesure que les générations creuses arriveront en âge de travailler.
Trois leviers évoqués
- Repousser l’âge de départ à la retraite
- Développer l’automatisation et la robotique
- Définir une stratégie d’immigration de travail
Le gouvernement cherche une réponse
La ministre de la Santé, Catherine Vautrin, a fait de ce sujet un enjeu de long terme. « Les enfants qui naissent aujourd’hui seront chargés de la société dans 25 ans », a-t-elle déclaré, en plaidant pour une action publique plus structurée face au repli démographique.
Le gouvernement travaille à un « congé de naissance », que la ministre souhaiterait inscrire dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Le dispositif, présenté comme une réponse partielle, viendrait compléter les aides existantes sans garantir, à lui seul, un redressement des intentions de parentalité.
Les démographes restent prudents sur l’efficacité des politiques natalistes, dont les effets se mesurent sur plusieurs décennies. Le prochain bilan démographique de l’Insee, attendu en janvier, indiquera si la tendance observée depuis le milieu des années 2010 s’est encore accentuée.