La réduction des aides à l’embauche des apprentis pourrait faire disparaître environ 64 000 emplois d’ici la mi-2026, a estimé l’Insee dans sa note de conjoncture, un chiffre qui pèse sur des prévisions déjà marquées par une dégradation du marché du travail.
L’institut statistique, qui a intitulé son point de conjoncture « L’industrie tient la barre, les ménages accusent le coup », décrit une économie française avançant à faible allure, où les créations d’emplois s’essoufflent et où le chômage repart à la hausse. La question de l’apprentissage y occupe une place centrale.
Un dispositif qui avait dopé l’emploi des jeunes
Depuis le début de la décennie, les primes versées aux entreprises qui recrutent un apprenti avaient soutenu une forte progression des contrats. Ce soutien budgétaire a contribué à faire reculer le chômage des jeunes et à muscler les effectifs dans de nombreux secteurs, de l’artisanat aux services.
Le resserrement de ces aides, décidé pour contenir la dépense publique, inverse en partie la mécanique. Selon l’Insee, la moindre incitation financière conduirait des employeurs à réduire leurs embauches d’apprentis, avec un effet net estimé à environ 64 000 postes en moins sur un an.
Un chômage orienté à la hausse
Le contexte général ne joue pas en faveur de l’emploi. Au premier trimestre 2026, le taux de chômage a augmenté de 0,2 point pour atteindre 8,1 % de la population active, selon les données publiées par l’Insee. L’institut anticipe une poursuite de cette dégradation au fil de l’année.
La légère amélioration de l’activité, portée notamment par l’industrie, ne suffirait pas à générer suffisamment de postes pour absorber la population active. Les créations d’emplois marchands, moteur habituel de la baisse du chômage, marqueraient le pas.
Des ménages sur la défensive
Du côté de la demande, l’Insee observe des ménages prudents, qui arbitrent en faveur de l’épargne dans un climat jugé incertain. Cette retenue limite le rebond de la consommation, traditionnel soutien de la croissance française, et freine la reprise.
Le taux d’épargne demeure élevé au regard de sa moyenne d’avant la crise sanitaire. Tant que les craintes sur l’emploi persistent, une partie du pouvoir d’achat regagné grâce au reflux de l’inflation risque d’être mise de côté plutôt que dépensée, ce qui prive l’activité d’un moteur habituel et entretient le cercle prudent dans lequel s’installe l’économie.
Une croissance qui reste modeste
Sur l’ensemble de l’année, la Banque de France table sur une progression du produit intérieur brut de l’ordre de 1 %, un rythme insuffisant pour enclencher une franche décrue du chômage. L’Insee, de son côté, retient un acquis de croissance limité à la mi-2026, tiré par une industrie qui résiste mieux que les services aux particuliers.
L’inflation, longtemps au cœur des préoccupations, refluerait autour de 1,3 % en moyenne, un niveau inférieur à la cible de 2 % fixée par la Banque centrale européenne. Ce ralentissement des prix redonne un peu de pouvoir d’achat, mais ne suffit pas à relancer une consommation bridée par les craintes sur l’emploi.
L’apprentissage, variable d’ajustement budgétaire
Le sort des aides à l’apprentissage illustre le dilemme des finances publiques. Réduire ces primes allège la dépense de l’État, mais fragilise un dispositif qui avait fait ses preuves pour l’insertion des jeunes. Les organisations patronales et les branches professionnelles suivent de près le calibrage définitif du soutien, dont dépendra une partie des embauches de la rentrée.