L’industrie française soutient seule la croissance pendant que les ménages encaissent le choc des prix, selon la note de conjoncture publiée le 17 juin 2026 par l’Insee, qui table sur une progression du produit intérieur brut limitée à 0,7 % sur l’année.
L’institut statistique décrit une économie à deux vitesses. D’un côté, l’aéronautique et le naval tirent l’activité ; de l’autre, le pouvoir d’achat des ménages reculerait de 0,3 % en 2026 et le chômage grimperait à 8,4 % de la population active fin décembre, contre 7,9 % un an plus tôt. Le titre même du document résume cette fracture, « l’industrie tient la barre, les ménages accusent le coup ».
Une croissance portée par la seule industrie
Après un premier trimestre en repli de 0,1 %, l’Insee anticipe un rebond de 0,3 % au deuxième trimestre, puis 0,1 % par trimestre au second semestre. Cette reprise reposerait largement sur l’industrie manufacturière, dont le climat des affaires se maintient au-dessus de sa moyenne de longue période, à rebours des services et du commerce.
L’aéronautique et la construction navale afficheraient une production en hausse d’environ 20 % sur un an, un rythme inhabituel pour des secteurs où les cadences progressent d’ordinaire de quelques points. L’institut y voit le fruit de carnets de commandes garnis et d’une concurrence internationale affaiblie.
Des ménages qui réduisent la voilure
La consommation des ménages, premier moteur traditionnel de l’économie française, ne progresserait que de 0,2 % en 2026, après 0,5 % en 2025. Les Français rogneraient sur les dépenses dites d’arbitrage, hébergement, restauration, transports et loisirs, tout en accélérant certains achats comme les véhicules électriques.
Le pouvoir d’achat global reculerait de 0,3 % sur l’année, et même de 0,7 % rapporté à chaque unité de consommation, une mesure qui tient compte de la taille des foyers. La confiance des ménages se serait par ailleurs effondrée d’une dizaine de points depuis février, retrouvant ses niveaux de 2022, dans le sillage de l’invasion de l’Ukraine.
L’inflation qui se rallume en toile de fond
L’Insee attribue cette dégradation à la diffusion d’un nouveau choc sur les prix. L’inflation, mesurée à 2,4 % sur un an en mai, atteindrait 2,7 % en décembre selon ses projections. « Une partie du choc va implacablement se diffuser », a estimé Dorian Roucher, chef du département de la conjoncture de l’institut, cité par l’AFP.
Cette remontée des prix viendrait éroder les gains salariaux et peser sur la demande intérieure, alors que les entreprises de services, directement exposées au comportement des consommateurs, voient leur moral se replier.
Un marché du travail qui se retourne
Sur le front de l’emploi, l’institut prévoit la destruction de 59 000 postes salariés dans le secteur privé en 2026, un volume proche de celui de 2025. L’emploi total ne progresserait que de 0,1 %, soit environ 22 000 créations nettes, grâce notamment à l’emploi public et non salarié.
Le taux de chômage, qui s’établissait à 7,3 % fin 2024 puis 7,9 % fin 2025, poursuivrait ainsi sa remontée pour s’approcher de 8,4 % en fin d’année. L’Insee se montre toutefois moins pessimiste que la Banque de France, qui anticipe de son côté une croissance limitée à 0,5 % pour 2026.
Les principaux chiffres de la prévision Insee
- Croissance du PIB : +0,7 % en 2026, après un premier trimestre à -0,1 %
- Inflation : 2,4 % en mai, projetée à 2,7 % en décembre
- Pouvoir d’achat : -0,3 % sur l’année, -0,7 % par unité de consommation
- Chômage : 8,4 % attendu fin 2026, contre 7,9 % fin 2025
- Emploi salarié privé : 59 000 destructions de postes
- Consommation des ménages : +0,2 %, après +0,5 % en 2025
Le gouvernement, qui a annoncé 6 milliards d’euros d’économies budgétaires, n’a prévu que des aides ciblées pour amortir le choc sur les foyers les plus exposés, selon les éléments rappelés par l’institut.