Adolescente assise seule près d'une fenêtre, le regard pensif

Santé mentale des jeunes, les chiffres alarmants de Santé publique France

Près d’un lycéen sur cinq déclare avoir eu des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois, un chiffre deux fois plus élevé chez les filles, selon des travaux de Santé publique France rendus publics le 2 juin 2026.

Ces données, tirées de l’enquête nationale EnCLASS menée en 2024 auprès de collégiens et de lycéens, dressent un état des lieux épidémiologique de la santé mentale des adolescents. Elles interviennent alors que les hospitalisations pour gestes auto-infligés continuent de progresser chez les plus jeunes filles, une tendance documentée depuis 2020 par les services statistiques du ministère de la Santé.

Un lycéen sur cinq concerné par les idées suicidaires

Selon Santé publique France, 19,8 % des lycéens ont rapporté des pensées suicidaires au cours des douze mois précédant l’enquête. L’écart entre les sexes est marqué, l’agence relevant 24,9 % chez les filles contre 14,5 % chez les garçons, soit une fréquence près de deux fois supérieure chez les adolescentes.

La même enquête indique que 15,1 % des lycéens déclarent avoir déjà fait une tentative de suicide au cours de leur vie, une proportion là encore presque deux fois plus élevée chez les filles (19,4 %) que chez les garçons (10,6 %).

Tous les signaux ne vont pas dans le même sens. Santé publique France note que les indicateurs de bien-être mental progressent par rapport à 2022, avec une hausse de 11 points chez les collégiens et de 12 points chez les lycéens. La part des lycéens déclarant des idées suicidaires serait, selon l’agence, en léger recul par rapport à la précédente édition de l’enquête, tandis que d’autres indicateurs de souffrance psychique restent élevés.

Des hospitalisations en hausse chez les filles de 10 à 14 ans

La progression des gestes auto-infligés chez les très jeunes filles constitue l’un des points les plus préoccupants. D’après la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), le nombre d’hospitalisations pour ce motif a fortement diminué en 2020, puis augmenté de façon continue depuis.

Entre 2023 et 2024, la hausse atteindrait 22 % chez les filles de 10 à 14 ans, selon la DREES, contre 14 % chez les 15-19 ans. La direction statistique précise que « près de 82 000 personnes âgées de 10 ans ou plus ont été hospitalisées au moins une fois en 2024 pour un geste auto-infligé », dont 64 % de femmes. En psychiatrie, la moitié des femmes hospitalisées pour ce motif auraient moins de 30 ans.

Les facteurs restent débattus

Les causes de cette dégradation demeurent discutées et ne se résument pas à une explication unique. La DREES évoque une tendance observée dans plusieurs pays et mentionne, parmi les facteurs avancés, un « mésusage des réseaux sociaux » au sein de cette population. Les travaux disponibles décrivent toutefois des associations statistiques, et non un lien de cause à effet établi entre temps d’écran et santé mentale.

Les données de surveillance ne permettent pas non plus de trancher la part respective des évolutions réelles et d’un possible recours accru aux soins, une meilleure prise en compte des troubles pouvant se traduire par davantage d’hospitalisations enregistrées.

Ce que dit Santé publique France

La directrice générale de l’agence, Caroline Semaille, a souligné l’apport des enquêtes conduites auprès des jeunes. Les études Enabee et EnCLASS offriraient, selon elle, une vue d’ensemble inédite de la santé mentale des jeunes, de l’enfance à l’adolescence.

Santé publique France appelle à poursuivre et renforcer les actions de prévention et de promotion de la santé mentale auprès des enfants et des adolescents, sans que ces travaux ne préjugent des dispositifs qui seront retenus par les pouvoirs publics.

Un dispositif d’orientation attendu à la rentrée 2026

Sur le plan des mesures, un dispositif d’orientation prioritaire vers une prise en charge devrait être mis en place à la rentrée 2026 pour les élèves en souffrance psychique, selon les orientations gouvernementales. Ses contours précis, son calendrier de déploiement et les moyens qui lui seraient alloués n’ont pas été détaillés à ce stade.

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