Rue déserte d'une ville sous un soleil écrasant pendant une vague de chaleur

Canicule de juin, la surmortalité française relance l’alerte sur les décès à domicile

La canicule qui a frappé la France du 18 juin au 2 juillet a provoqué environ 2 000 décès supplémentaires sur une seule semaine, selon le bulletin de Santé publique France daté du 3 juillet, qui décrit un épisode d’une intensité supérieure à celui d’août 2003. L’agence relève une surmortalité concentrée chez les personnes âgées et, fait marquant, une flambée des décès survenus à domicile.

Le chiffre a valeur d’avertissement pour un pays qui pensait avoir tiré les leçons de 2003. D’après Santé publique France, 8 973 décès toutes causes et tous âges confondus ont été enregistrés durant la semaine du 22 au 28 juin, contre 6 948 la semaine précédente, soit un excès de 2 025 décès, proche de 29 %. La hausse concerne d’abord les personnes d’au moins 45 ans, avec un surcroît de 29,7 % correspondant à environ 2 001 décès. Les 65 ans et plus représentent, à ce stade, plus de 80 % des décès observés.

Une vague classée plus intense qu’en 2003

Météo-France a qualifié l’épisode de vague de chaleur d’une sévérité exceptionnelle, dont l’intensité aurait dépassé celle d’août 2003 pour une durée jugée comparable. Le 23 juin aurait été la journée la plus chaude jamais mesurée à l’échelle nationale, devançant le record établi en 2003. La comparaison ne vaut toutefois pas pour le bilan humain, encore provisoire.

Santé publique France place le nombre de décès attendus entre deux repères, sans les recouper. La canicule de 2003 avait causé près de 15 000 morts, celle de 2025 environ 5 700. L’agence indique que l’ampleur définitive de la surmortalité de juin 2026 ne sera établie qu’à l’automne, une fois consolidés les certificats de décès. Le rapprochement avec 2003 devra alors être fait sur des données complètes, précise-t-elle.

Une alerte rouge d’une ampleur inédite

Le dispositif de vigilance a été mobilisé à un niveau rarement atteint. Selon le bulletin, la vigilance orange a couvert 90 départements du 18 juin au 2 juillet, soit environ 95 % de la population métropolitaine. La vigilance rouge, réservée aux situations les plus critiques, a concerné jusqu’à 72 départements du 21 au 28 juin, représentant près de 77 % de la population, une étendue que l’agence décrit comme sans précédent.

Les indicateurs sanitaires ont suivi. Les consultations pour pathologies liées à la chaleur ont culminé à 698 signalements de SOS Médecins le 25 juin, et les passages aux urgences à 2 089 le 26 juin, des niveaux jamais observés depuis le début de la surveillance en 2004. Entre le 18 et le 29 juin, 6 351 hospitalisations ont été recensées, dont 153 en soins critiques. Les deux tiers de ces hospitalisations concernaient des personnes de 75 ans et plus.

Le domicile, angle mort du repérage

La donnée qui retient l’attention des épidémiologistes tient au lieu du décès. La hausse de la mortalité a été bien plus marquée à domicile, avec une progression de l’ordre de 91 % relevée par Santé publique France, contre des augmentations plus contenues en établissement de santé et en Ehpad. En Île-de-France, la surmortalité toutes causes a atteint 62,8 % sur la semaine du pic, la région la plus touchée.

Ces décès à domicile exposent une faiblesse du système de prévention. Les personnes âgées, isolées et souvent polymédiquées restent moins visibles des dispositifs de veille tant qu’un appel au 15 ou un décès ne les signale pas. Les registres communaux canicule, fichiers nominatifs que les mairies peuvent constituer pour joindre les habitants vulnérables lors d’une alerte, reposent sur une inscription volontaire et ne captent qu’une partie des personnes à risque. La loi Bien-vieillir d’avril 2024 avait prévu d’enrichir ces registres pour renforcer les démarches dites d’aller-vers, dont l’épisode de juin teste l’effectivité.

Un bilan qui devient politique

La séquence a nourri la controverse sur la préparation de l’État. Des élus d’opposition ont mis en cause l’anticipation gouvernementale face à la multiplication des vagues de chaleur, allant jusqu’à déposer une motion de censure visant le gouvernement de Sébastien Lecornu, selon les comptes rendus de la période. L’exécutif défend de son côté l’activation du plan national canicule et des mesures de vigilance renforcée.

Santé publique France doit publier de nouveaux points de situation dans les prochaines semaines, avant un bilan consolidé attendu à l’automne, qui précisera la surmortalité totale et sa répartition par âge, par région et par lieu de décès.

Derniers articles