Devanture d'un petit commerce fermé avec rideau métallique baissé dans une rue

Défaillances d’entreprises, léger repli à fin mai mais toujours au-dessus de l’avant-Covid

Le nombre de défaillances d’entreprises en France a légèrement reculé à fin mai 2026, à 70 077 sur douze mois glissants, selon les données publiées le 3 juillet par la Banque de France, un premier tassement après plusieurs mois de hausse continue. Le total reste supérieur de 4,4 % à son niveau de mai 2025 et loin au-dessus de la référence d’avant-crise.

Ce repli d’un mois sur l’autre, de 70 257 défaillances à fin avril à 70 077 à fin mai, tient surtout à la construction, seul grand secteur en recul, d’après l’institution. Il intervient alors que la conjoncture demeure atone et que l’échéance des prêts garantis par l’État se rapproche pour des dizaines de milliers de sociétés.

Un léger tassement après des mois de records

La Banque de France attribue la baisse de mai à un reflux dans le bâtiment et à un ralentissement dans les transports et l’entreposage. Les défaillances dans la construction ont diminué de 3,2 % sur un an, à 14 368, le secteur le plus exposé jusqu’ici marquant une pause. Pour le reste, l’institution décrit une situation figée. Le nombre de défaillances est « globalement stable dans les autres secteurs d’activités ainsi que pour la plupart des tailles d’entreprises », indique-t-elle dans sa note mensuelle.

Le mouvement reste modeste au regard de la dynamique des mois précédents. À fin avril, le cumul sur douze mois avait atteint 70 228, un plus haut, après avoir franchi le seuil des 70 000 pour la première fois. Le repli de mai, de l’ordre de 180 dossiers, ne remet pas en cause un niveau que la Banque de France qualifie d’élevé.

Un niveau très supérieur à l’avant-Covid

La comparaison avec la période antérieure à la pandémie éclaire l’ampleur du phénomène. Entre 2010 et 2019, la France comptait en moyenne environ 59 300 défaillances par an, selon les séries de la Banque de France. Le total de fin mai 2026 dépasse donc cette moyenne de près de 18 %, signe que le rattrapage engagé après la parenthèse des aides sanitaires s’est prolongé bien au-delà d’un simple retour à la normale.

La structure de ces défaillances confirme que les petites structures restent en première ligne. Les PME concentrent l’essentiel des procédures, avec 70 010 dossiers sur douze mois, en hausse de 4,3 % sur un an. Mais la progression la plus vive concerne le haut du tissu productif. Les entreprises de taille intermédiaire et les grandes entreprises ne totalisent que 67 défaillances, un chiffre restreint en valeur absolue mais en bond de 15,5 % sur un an, susceptible d’emporter davantage d’emplois et de fournisseurs à chaque cas.

Des secteurs sous tension malgré l’accalmie

Derrière la moyenne, plusieurs branches restent orientées à la hausse. L’agriculture, la sylviculture et la pêche affichent 1 792 défaillances sur douze mois, en progression de 19,6 %, la plus forte augmentation relative. L’enseignement, la santé et l’action sociale suivent avec 7 168 dossiers, en hausse de 15,8 %. Les transports et l’entreposage, malgré le ralentissement noté par la Banque de France, restent en progression de 4,0 % sur un an, à 3 227 défaillances.

Ce contraste avec l’accalmie du bâtiment illustre un ajustement inégal selon les activités. La construction avait absorbé une part importante de la vague ouverte après la fin des dispositifs d’urgence, portée par le repli de la promotion immobilière et le renchérissement du crédit. Son reflux ne dit rien de la trajectoire des services et de la sphère agricole, davantage sensibles à la faiblesse de la demande intérieure.

Le rendez-vous des prêts garantis par l’État

La statistique de mai précède une échéance surveillée par les créanciers. Une large part des encours de prêts garantis par l’État, contractés en 2020 pour amortir le choc de la crise sanitaire, arrive à son terme au cours de l’année 2026, la majorité des remboursements ayant été étalés jusqu’à cet horizon. Le capital restant dû sur ces prêts a été estimé à plusieurs dizaines de milliards d’euros, avec une concentration des dernières échéances sur l’été.

Les entreprises fragilisées peuvent encore solliciter un rééchelonnement par la médiation du crédit, un dispositif prolongé jusqu’à la fin de 2026. Reste que le tarissement de cette soupape, combiné à une croissance faible, alimente la prudence des observateurs quant à la seconde moitié de l’année. Le tassement observé en mai, s’il se confirme, marquerait une inflexion ; il ne suffit pas encore à écarter le risque d’une nouvelle poussée à l’automne.

La dynamique reste par ailleurs à mettre en regard des créations d’entreprises. Plus de 1,2 million de sociétés ont vu le jour sur les douze mois s’achevant fin mai, soit 10 % de plus qu’un an plus tôt, selon les chiffres de l’Insee cités par la Banque de France. Le renouvellement du tissu productif se maintient donc à un rythme soutenu, même si la comparaison entre créations, souvent des micro-entreprises, et défaillances, concentrées sur des structures parfois plus anciennes, appelle des réserves. La prochaine actualisation, attendue début août, précisera si le point bas de mai constitue un retournement ou une simple pause.

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