L’économie française a calé au premier trimestre 2026, avec un produit intérieur brut stable puis révisé en léger recul de 0,1 %, après une hausse de 0,2 % fin 2025, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques. Le coup d’arrêt confirme un essoufflement déjà perceptible depuis l’hiver.
Le détail des comptes nationaux dessine un trimestre sans moteur. La demande intérieure n’apporte plus aucune contribution à la croissance, le commerce extérieur pèse lourdement et les marges des entreprises se contractent, dans un contexte d’inflation repartie à la hausse. La prévision officielle d’une croissance de 1 % sur l’année paraît désormais plus difficile à tenir.
La consommation et l’investissement en repli
La consommation des ménages a reculé de 0,1 % sur le trimestre, après une progression de 0,4 % fin 2025, sous l’effet d’une baisse des dépenses en alimentation et en énergie, cette dernière liée à un hiver plus doux. Les achats de biens manufacturés sont restés stables et les services ont légèrement progressé, sans suffire à compenser.
L’investissement, mesuré par la formation brute de capital fixe, a baissé de 0,4 % après avoir augmenté de 0,3 %. La construction enregistre la chute la plus marquée, autour de 1,5 %, tandis que l’investissement des entreprises se replie plus modestement. Cette faiblesse pèse directement sur la capacité de rebond de l’activité.
Un commerce extérieur fortement négatif
La contribution du commerce extérieur à la croissance a basculé à -0,7 point, après avoir soutenu l’activité de 0,6 point le trimestre précédent. Les exportations se sont franchement repliées, de 3,8 %, tirées vers le bas par le matériel de transport, alors que les importations ont reculé de 1,7 %.
Ce décrochage des ventes à l’étranger illustre la dépendance de la croissance française à quelques grands secteurs exportateurs. Une variation des livraisons aéronautiques ou navales d’un trimestre à l’autre suffit à faire basculer le solde commercial, et avec lui la statistique d’ensemble.
Des marges d’entreprises sous pression
Le taux de marge des sociétés non financières s’est établi à 31,7 %, contre 32,5 % au trimestre précédent, un repli qui réduit la capacité d’autofinancement des entreprises. La Direction générale du Trésor relève par ailleurs un acquis de croissance de 0,5 % pour 2026, soit le niveau qui serait atteint si l’activité restait figée le reste de l’année.
Le rebond de l’industrie manufacturière, en hausse de 0,7 % sur la production, n’a pas suffi à inverser la tendance, la construction et la production d’énergie ayant reculé. L’analyse du Trésor a été signée par Martin Albouy, du bureau des prévisions.
Sans la reconstitution des stocks, le bilan aurait été plus sombre encore. Les variations de stocks ont apporté 0,8 point à la croissance, effaçant le frein de 0,7 point des trimestres précédents, notamment dans l’aéronautique. Ce soutien, par nature instable, ne garantit rien pour la suite, les entreprises pouvant tout aussi bien déstocker au trimestre suivant.
L’inflation revient compliquer l’équation
La hausse des prix a accéléré, à 2,4 % sur un an en mai après 2,2 % en avril, d’après l’estimation provisoire de l’Insee. Cette reprise rogne le pouvoir d’achat au moment où les ménages, déjà prudents, hésitent à consommer.
L’institut a résumé la conjoncture d’une formule, « inflation ravivée, croissance fragilisée », dans sa note de mars. Les prochaines estimations détaillées de l’Insee, attendues à l’été, diront si le recul du premier trimestre n’aura été qu’un trou d’air ou le début d’une séquence plus durable.