Un adolescent allongé consulte son smartphone, le visage éclairé par l'écran

Santé des jeunes, l’OFDT estime que compter le temps d’écran ne suffit plus

Compter les heures passées devant un écran ne suffit plus à mesurer leur effet sur la santé des jeunes, conclut un rapport publié le 22 mai par l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives. Le document invite à regarder ce que les enfants et adolescents font réellement de leurs appareils.

Cette revue de la littérature scientifique, qui couvre les travaux parus entre 2015 et 2025, intervient alors que la France fixe à 15 ans une majorité numérique d’accès aux réseaux sociaux. Ses constats nuancent le débat public, souvent réduit au seul temps d’écran, en pointant la nature des usages plutôt que leur durée.

La durée d’écran, un indicateur jugé insuffisant

« La durée d’exposition, un critère devenu insuffisant », résume le rapport, signé par le docteur Alexandre Caron, médecin de santé publique, et la consultante Laure Bezannier. Les auteurs s’appuient sur de nouvelles méthodes d’observation, comme la screenomics et l’évaluation écologique momentanée, qui enregistrent finement les comportements numériques au fil de la journée.

Ces outils mettent en évidence des usages que le décompte horaire ignore. Le rapport décrit des basculements répétés entre applications, parfois toutes les dix à vingt secondes, une exposition nocturne aux écrans et des phénomènes d’hypervigilance liés aux notifications permanentes.

Des liens variables avec la santé mentale

Sur le plan psychique, le rapport établit une association seulement modeste entre le temps d’écran global et la dépression. La corrélation devient en revanche forte lorsque l’usage répond aux critères d’une addiction comportementale, c’est-à-dire une perte de contrôle et un retentissement sur la vie quotidienne.

Les auteurs nuancent aussi la distinction courante entre usage actif et usage passif des réseaux sociaux. Publier et interagir n’est pas neutre, soulignent-ils, car l’usage actif expose au jugement des pairs, un facteur de mal-être à part entière chez les adolescents.

Le rapport relie ces usages à plusieurs dimensions de la santé mentale, de la dépression à l’anxiété, en passant par l’isolement social et, dans les situations les plus préoccupantes, les conduites suicidaires. Les auteurs appellent toutefois à la prudence sur le sens de causalité, une part des études recensées ne permettant pas de trancher entre cause et conséquence.

Des repères d’âge déjà établis

Le rapport rappelle les repères en vigueur en France, qui restent gradués selon l’âge :

  • une éviction totale des écrans avant 3 ans ;
  • un usage exceptionnel et accompagné entre 3 et 6 ans ;
  • un accès progressif aux smartphones au-delà de 12 ans ;
  • une majorité numérique fixée à 15 ans, avec un accès supervisé aux réseaux sociaux.

Ces seuils encadrent désormais l’action publique, alors que le gouvernement a fait de la santé mentale des jeunes une priorité affichée pour 2026.

Vers une prévention ciblée sur les usages

En déplaçant le regard de la quantité vers la qualité des usages, le rapport plaide pour une prévention plus fine, attentive aux moments d’exposition, aux contenus consultés et aux vulnérabilités propres à chaque jeune. Une approche qui suppose des outils de mesure plus précis que la simple horloge.

Les recherches européennes en cours sur les écrans et la santé mentale des adolescents, auxquelles participent des équipes françaises, devraient affiner ces conclusions dans les prochaines années et préciser quels usages méritent une vigilance prioritaire.

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