Le Premier ministre Sébastien Lecornu a déclenché mardi 23 juin le plan ORSAN de niveau 2, ordonnant la montée en puissance du système de santé alors que la vague de chaleur a fait, selon le gouvernement, une quarantaine de morts par noyade en cinq jours.
La décision intervient au moment où la France traverse l’un de ses épisodes caniculaires les plus précoces et les plus intenses, avec 58 départements placés en vigilance rouge par Météo-France et une nuit présentée comme la plus chaude jamais relevée, avec des températures proches de 41 °C dans le sud-est. Elle place les hôpitaux, déjà sous tension, au cœur de la réponse de l’État.
Ce que change le déclenchement d’ORSAN niveau 2
Le dispositif ORSAN, pour organisation de la réponse du système de santé en situations sanitaires exceptionnelles, structure la mobilisation coordonnée des établissements publics, des cliniques privées, de la médecine de ville et des services d’urgence. Le passage au niveau 2 vise, selon Matignon, à renforcer la capacité de régulation médicale et à mobiliser davantage de personnel hospitalier.
Concrètement, les agences régionales de santé peuvent réorganiser l’activité des établissements, reporter des interventions non urgentes et rappeler des soignants pour absorber l’afflux de patients liés à la chaleur. Le chef du gouvernement a indiqué que la mesure devait permettre d’« adapter les activités si nécessaire » et d’assurer la coordination entre les différents secteurs de soins.
Des services d’urgence sous pression
Les hôpitaux signalent une hausse des admissions pour déshydratation, malaises et décompensations de maladies chroniques, en particulier chez les personnes âgées et isolées. Une cellule de crise interministérielle a été réunie mardi pour suivre l’évolution de la situation, alors que les transports tournent au ralenti dans plusieurs régions.
Un épisode caniculaire d’une ampleur inédite
Avec 58 départements en vigilance rouge, l’épisode dépasse en intensité et en précocité les vagues de chaleur de 2003 et 2019, références habituelles des services météorologiques. La chaleur met à l’épreuve l’ensemble des infrastructures, des lignes ferroviaires aux réseaux électriques, et contraint plusieurs collectivités à adapter horaires et services au public.
Le ministère de l’Éducation nationale a activé son plan de gestion des vagues de chaleur, qui autorise la fermeture temporaire d’écoles et le report d’épreuves. Le ministère rappelle toutefois que la fermeture doit rester « une mesure exceptionnelle », les aménagements permettant d’accueillir élèves et personnels en sécurité devant être recherchés en priorité.
Le secteur agricole également visé
La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a annoncé mardi de premières mesures destinées à limiter les dégâts de la canicule sur les cultures et l’élevage. Les épisodes de chaleur extrême fragilisent les rendements et accentuent le stress hydrique des exploitations, déjà éprouvées par les sécheresses des étés précédents.
L’opposition dénonce un calendrier tardif
Le déclenchement d’ORSAN a immédiatement nourri la critique. Plusieurs responsables de l’opposition y voient l’aveu d’une impréparation face à des crises climatiques annoncées de longue date. Au sein même de la majorité, des voix reconnaissent que l’activation aurait pu intervenir plus tôt. « On a attendu le bilan final des noyades et les confirmations de Météo-France pour ne pas être accusés d’alarmisme », a confié un député de la majorité.
Le gouvernement renvoie pour sa part à la gradation prévue par le dispositif, qui réserve le niveau 2 aux situations où la pression sur l’offre de soins devient massive. Météo-France attend une amorce de baisse des températures en fin de semaine, échéance à laquelle le maintien ou la levée du plan sera réévalué.