Livret d'épargne et billets en euros posés sur un bureau en bois, lumière naturelle

Livret A, la remontée du taux se précise pour le 1er août

Le taux du Livret A, aujourd’hui figé à 1,5 %, devrait remonter au 1er août 2026, une inflexion inédite après dix-huit mois de baisse continue. Le ministre de l’Économie Roland Lescure l’a confirmé le 30 juin, sans encore livrer le chiffre définitif.

Interrogé par La Provence, Roland Lescure a assuré que la rémunération du placement préféré des Français serait « orientée à la hausse », promettant « un chiffre exact » d’ici le 15 juillet. Une perspective qui rompt avec la trajectoire descendante engagée depuis le début 2025, quand le Livret A rémunérait encore 3 %.

Une hausse mécanique portée par l’inflation et les taux courts

Le taux du Livret A n’est pas décidé librement. Il découle d’une formule fixée par un arrêté de janvier 2021, qui combine deux paramètres semestriels, la moyenne de l’inflation hors tabac et celle du taux interbancaire de court terme €STR. Sur le premier semestre 2026, l’inflation ressortirait autour de 1,53 % et l’€STR près de 1,97 %, ce qui porterait le taux, après arrondi, à 1,8 %, selon les estimations du Cercle de l’Épargne relayées par ses économistes.

Le calcul reste provisoire. Le directeur du Cercle de l’Épargne, Philippe Crevel, situe le résultat probable « entre 1,7 % et 1,8 % », l’écart dépendant des chiffres d’inflation de juin, encore attendus. Le gouverneur de la Banque de France, dont l’avis pèse sur la décision, transmettra sa recommandation à la mi-juillet, comme lors des révisions précédentes.

Un rebond après une série de décollectes sans précédent

La remontée, si elle se confirme, interviendrait après un premier semestre difficile pour le produit. Le Livret A a enregistré cinq mois consécutifs de retraits nets depuis janvier 2026, pour un total d’environ 5 milliards d’euros, une série de décollectes rare pour un placement qui progresse habituellement. Le seul mois de mai 2026 a vu 630 millions d’euros quitter les livrets.

Cette érosion s’explique par la baisse de rémunération, tombée à 1,5 % au 1er février 2026 contre 1,7 % auparavant, un niveau devenu peu attractif face à d’autres placements. Malgré ces sorties, l’encours total reste massif, à 444,6 milliards d’euros fin mai selon la Caisse des dépôts, ce qui fait du Livret A un pilier du financement du logement social et des collectivités.

Un gain modeste pour les épargnants, un coût réel pour l’État

Pour les 55 millions de détenteurs, l’effet d’un passage à 1,8 % resterait limité à l’échelle individuelle. Sur un encours moyen d’environ 7 800 euros, le supplément de rémunération annuel avoisinerait 23 euros. Pour un livret rempli au plafond de 22 950 euros, le gain atteindrait près de 69 euros sur l’année.

À l’échelle collective, la facture serait tout autre. Une hausse de 0,3 point sur l’ensemble des encours représenterait un surcoût annuel estimé à 1,3 milliard d’euros, supporté par les organismes qui rémunèrent l’épargne, au premier rang desquels les banques et la Caisse des dépôts. Ce montant illustre l’effet de levier d’un placement dont l’encours dépasse celui de nombreux budgets publics.

Le LEP, réservé aux revenus modestes, suivrait le mouvement

Le Livret d’épargne populaire, adossé au même calendrier de révision, verrait lui aussi sa rémunération relevée, de 2,5 % à 2,8 % selon les projections du Cercle de l’Épargne. Réservé aux ménages sous conditions de ressources, le LEP conserve un taux nettement supérieur à celui du Livret A, une prime destinée à protéger le pouvoir d’achat des épargnants les plus modestes face à l’inflation.

Un calendrier verrouillé

  • 30 juin 2026 : Roland Lescure confirme une hausse au 1er août.
  • Mi-juillet 2026 : recommandation de la Banque de France et fixation officielle du taux.
  • 1er août 2026 : entrée en vigueur de la nouvelle rémunération.

Le ministre a présenté cette révision comme « de très bonnes nouvelles pour le pouvoir d’achat », estimant que « l’épargne des Français va être mieux rémunérée ». La formule de calcul laisse toutefois peu de marge d’appréciation, le taux annoncé mi-juillet devant coller au résultat arithmétique de l’inflation et des taux de marché du premier semestre.

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