Piéton marchant dans une rue de Paris le long d'un immeuble ancien

Vieillissement et déclin, l’Insee dessine une France de 65,9 millions d’habitants en 2070

La France pourrait compter 65,9 millions d’habitants en 2070, soit 3,2 millions de moins qu’en 2026, selon des projections publiées le 8 juin 2026 par l’Insee. L’institut décrit un pays sensiblement plus âgé, où le nombre de personnes très âgées progresserait fortement.

Ces chiffres figurent dans l’Insee Première n°2108, signé par Nathalie Blanpain, Jeanne Pointet et Hélène Thélot. Le scénario central retient une stabilité de la fécondité et un solde migratoire de 150 000 personnes par an. Il prolonge les tendances démographiques récentes, sans prétendre prédire l’avenir, prévient l’institut. La population continuerait d’abord d’augmenter, jusqu’à un pic de 69,8 millions d’habitants attendu en 2037, avant de décroître.

Un recul de population qualifié d’inédit en temps de paix

À partir de 2037, la France perdrait en moyenne 118 000 habitants par an jusqu’en 2070 dans ce scénario central, soit un repli annuel de l’ordre de 0,17 %. « Une telle baisse de la population dans une période sans guerre est sans précédent », a déclaré Loup Wolff, responsable des études démographiques à l’Insee, cité par la Banque des territoires.

Le solde naturel, c’est-à-dire l’écart entre les naissances et les décès, expliquerait l’essentiel de cette inflexion. Il atteindrait -343 000 en 2070, alors qu’il était positif de 308 000 en 1970. Jusqu’en 2037, la croissance de la population reposerait ainsi presque exclusivement sur le solde migratoire, selon l’Insee.

Le poids des seniors appelé à grimper d’un tiers

Le vieillissement constitue, lui, la tendance la plus assurée des projections. La part des 65 ans ou plus passerait de 22 % de la population en 2026 à 32 % en 2070, d’après l’institut. En valeur absolue, cette tranche d’âge gagnerait 5,8 millions de personnes, pour atteindre 21,1 millions d’habitants.

La progression serait portée avant tout par les âges les plus élevés. Le nombre de personnes de 80 ans ou plus augmenterait de 4,6 millions, pour passer de 4,3 à 9 millions. Quant aux centenaires, ils seraient quatre fois plus nombreux qu’aujourd’hui, passant de 37 000 en 2026 à 160 000 en 2070 dans le scénario central. À l’inverse, le nombre d’habitants de moins de 45 ans diminuerait de 8,9 millions sur la période.

Une équation qui se tend pour les comptes sociaux

Cette bascule des âges modifierait le rapport entre les générations. L’Insee mesure un ratio de dépendance démographique, défini comme le nombre de personnes de 65 ans ou plus pour 100 personnes âgées de 20 à 64 ans. Cet indicateur s’établissait à 40 en 2026. Il atteindrait 49 dès 2040, puis 62 en 2070 selon le scénario central.

Concrètement, là où l’on comptait environ deux personnes en âge de travailler pour un senior en 2026, le rapport se rapprocherait de trois pour deux au milieu du siècle. Cette évolution pèse sur le financement des retraites et de la protection sociale, dont le modèle français repose largement sur les cotisations des actifs. L’institut souligne toutefois que la part la plus lointaine de cette trajectoire reste incertaine.

Des projections entourées de fortes marges d’incertitude

L’Insee insiste sur le caractère conditionnel de ses résultats, qui dépendent des hypothèses retenues sur la fécondité, la mortalité et les migrations. « Elles servent à montrer la direction que l’on a prise au cours des dernières années », a résumé Loup Wolff au sujet de ces projections.

Selon les variantes envisagées, la population française se situerait, à l’horizon 2070, dans une fourchette comprise entre 61,3 et 70,8 millions d’habitants. Le scénario haut aboutit ainsi à une population à peu près stable par rapport à 2026, tandis que le scénario bas accentue le recul. Le vieillissement, lui, se vérifie dans l’ensemble des hypothèses, selon l’institut, seule son ampleur variant d’un scénario à l’autre.

Ces travaux actualisent les précédentes projections de 2021, qui tablaient sur 68,1 millions d’habitants en 2070. La révision à la baisse traduit la dégradation plus rapide qu’anticipé du solde naturel observée ces dernières années, liée notamment au repli du nombre de naissances enregistré depuis 2024.

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