L’administration Trump est en phase finale de discussions avec OpenAI, Google et Anthropic pour établir un cadre volontaire soumettant les modèles d’intelligence artificielle les plus avancés à un examen gouvernemental avant leur mise à disposition du public, selon plusieurs médias américains. Une annonce est attendue dès la semaine du 7 juillet.
Le dispositif reposerait sur le décret présidentiel 14409, signé le 2 juin 2026, qui pose les fondations juridiques d’un contrôle préalable au lancement des systèmes qualifiés de « modèles de frontière couverts ». Il marque la tentative la plus structurée du gouvernement fédéral pour encadrer la diffusion des IA de pointe depuis les engagements volontaires obtenus par l’administration Biden en juillet 2023.
Une fenêtre d’examen de trente jours avant chaque lancement
Selon le texte du décret, les développeurs pourraient donner au gouvernement un accès à leurs modèles « pendant une durée maximale de trente jours avant leur sortie », sous réserve de « protections appropriées en matière de confidentialité, de cybersécurité, de risque interne et de propriété intellectuelle ». Cette période permettrait aux agences fédérales d’évaluer les implications de sécurité nationale d’un nouveau système avant qu’il ne soit rendu public.
Le cadre associerait plusieurs entités de sécurité, notamment l’Agence nationale de sécurité, l’Agence de cybersécurité et de sécurité des infrastructures, le département du Commerce et son institut de normalisation, le NIST. Selon les rapports de CNBC et du Financial Times, il fixerait des critères de référence pour les modèles avancés, des calendriers de diffusion et des règles précisant qui, aux États-Unis comme à l’étranger, pourrait y accéder.
Un engagement présenté comme volontaire
Le décret prend soin d’écarter toute obligation contraignante. « Rien dans la présente section ne saurait être interprété comme autorisant la création d’une exigence gouvernementale obligatoire de licence, d’autorisation préalable ou de permis », précise sa section 3(c). Le texte insiste sur une logique de collaboration plutôt que de réglementation imposée, une distinction que les entreprises concernées ont mise en avant pour caractériser leur participation.
Cette architecture volontaire n’a pas empêché des mesures concrètes dès le printemps. OpenAI a différé le lancement public complet de son modèle GPT-5.6 à la demande du gouvernement, en réservant l’accès à un cercle restreint de partenaires vérifiés. D’après les éléments rapportés, le secrétaire au Commerce Howard Lutnick a personnellement validé une vingtaine de demandes d’accès pendant cette phase de disponibilité limitée.
Un désaccord sur le seuil de déclenchement
Les négociations achoppent notamment sur le niveau à partir duquel un modèle serait soumis à examen. Les laboratoires plaideraient pour des seuils élevés, réservant le contrôle aux seuls systèmes réellement à la frontière technologique et excluant les mises à jour incrémentales fréquentes. Les responsables gouvernementaux, s’appuyant sur des évaluations relatives au rythme de progression des capacités, défendraient au contraire des seuils plus bas, susceptibles de capturer un plus grand nombre de sorties.
La question du périmètre n’est pas théorique. Le département du Commerce avait ordonné la suspension de l’exportation des modèles les plus avancés d’Anthropic, avant de lever ces restrictions le 1er juillet, une fois l’entreprise engagée sur des mesures de sûreté renforcées. Ce va-et-vient illustre la difficulté à tracer une ligne stable entre innovation et considérations de sécurité nationale.
Trois acteurs, des situations contrastées
Si OpenAI, Google et Anthropic sont tous parties aux discussions, leur position diffère. OpenAI a qualifié sa participation de volontaire, tandis qu’Anthropic a opéré une partie de la période sous le régime de contrôles à l’exportation, déclenchés par des préoccupations de sécurité nationale et non par un simple engagement. Cette asymétrie nourrit le débat sur l’égalité de traitement entre laboratoires soumis à un même cadre.
Le décret 14409 fixe par ailleurs plusieurs échéances de mise en œuvre côté administration, dont un délai de soixante jours pour développer un processus de détection des vulnérabilités et d’étalonnage des modèles. Le contenu précis de ces critères de référence, comme celui des règles d’accès domestique et étranger, n’a pas encore été publié, laissant ouverte la question de la portée réelle du dispositif une fois formalisé.