Le gouvernement a revu à la baisse sa prévision de croissance pour 2026, ramenée à 0,7 % contre 0,9 % anticipés en avril, une annonce faite mardi 7 juillet par le ministre de l’Économie Roland Lescure lors d’un comité d’alerte des finances publiques réuni à Matignon.
Cette deuxième révision en quelques mois intervient alors que le pays affiche le deuxième déficit le plus élevé de la zone euro et cherche à ramener ses comptes publics sur une trajectoire soutenable. En abaissant l’hypothèse de croissance qui sert de socle au budget, l’exécutif reconnaît une conjoncture plus fragile que prévu et ouvre la voie à de nouveaux efforts d’économies pour tenir ses objectifs de déficit.
Une révision liée à un début d’année décevant
Selon le ministère de l’Économie, la nouvelle prévision « tient compte d’un début d’année moins favorable qu’anticipé, lié notamment à la loi spéciale, ainsi que de la situation internationale, en particulier le conflit au Moyen-Orient ». Le produit intérieur brut s’était contracté de 0,1 % au premier trimestre, un point de départ qui pèse mécaniquement sur l’ensemble de l’exercice.
Le gouvernement se veut néanmoins prudent sur la seconde partie de l’année. « Si le reflux de l’inflation observé en juin et la reprise de la consommation constituent des signaux encourageants, ils ne devraient vraisemblablement pas suffire à atteindre une croissance de 0,9 % sur l’ensemble de l’année », a détaillé le ministère. L’inflation est effectivement revenue à 1,8 % sur un an en juin, contre 2,4 % en mai, un reflux favorisé par la détente sur les prix de l’énergie.
Un chiffre désormais aligné sur les grandes institutions
Avec 0,7 %, la prévision gouvernementale rejoint celles de l’Insee, du Fonds monétaire international et de l’Organisation de coopération et de développement économiques, qui tablent tous sur ce même niveau pour la France en 2026. La Banque de France se montre pour sa part plus prudente, avec une projection de 0,5 %.
L’écart entre l’ancienne et la nouvelle prévision peut sembler modeste, mais il n’est pas neutre pour les finances publiques. Chaque dixième de point de croissance en moins réduit les recettes fiscales attendues et complique l’atteinte des cibles de déficit. C’est tout l’enjeu de l’exercice budgétaire qui s’ouvre.
Le déficit au cœur des inquiétudes
Le comité d’alerte des finances publiques, instance créée en 2025 pour associer le Parlement au suivi des comptes de l’État, s’est réuni sous la présidence du Premier ministre Sébastien Lecornu pour examiner une situation budgétaire jugée délicate. La France a clôturé 2025 sur un déficit de 5,1 % du PIB, le deuxième plus élevé de la zone euro derrière la Belgique, et vise 5 % en 2026.
Le ton de certains parlementaires témoigne de la tension ambiante. « Moi aujourd’hui je dis, allô l’Élysée, Matignon, we are dans la mouise », a lancé le rapporteur général Jean-François Husson, résumant sans détour l’urgence perçue autour de la dérive des comptes publics.
De nouvelles économies annoncées
Pour maintenir le cap, le gouvernement a annoncé mardi trois milliards d’euros d’économies supplémentaires, qui s’ajoutent aux six milliards déjà présentés en avril. L’exécutif entend ainsi préserver la direction de sa trajectoire budgétaire malgré la dégradation de l’environnement économique.
La marche pourrait toutefois rester haute. Plusieurs analystes estiment que dix à douze milliards d’euros de coupes additionnelles pourraient s’avérer nécessaires pour tenir les engagements, à mesure que se précise l’élaboration du budget 2027. Entre croissance atone, inflation en repli et pression sur les recettes, l’équation budgétaire promet de dominer la rentrée politique.