Famille française préparant ses bagages pour un départ en vacances d’été, illustrant les 90 ans des congés payés

Quatre-vingt-dix ans après les congés payés, quatre Français sur dix ne partent toujours pas en vacances

Quatre-vingt-dix ans après la loi de 1936 instaurant les congés payés, près d’un Français sur deux renonce encore à des vacances, selon une enquête Ipsos bva réalisée pour le Secours populaire français et diffusée à l’occasion de cet anniversaire. Le motif dominant reste financier.

La conquête sociale de juin 1936, qui accordait deux semaines de repos rémunéré aux salariés, demeure l’une des lois auxquelles les Français se disent le plus attachés. Mais l’accès effectif au départ, lui, reste fortement conditionné par le niveau de revenu, révélant une fracture qui traverse la société française à chaque été.

Une loi encensée, un droit inégalement exercé

Interrogés sur les grandes lois sociales adoptées depuis un siècle, 65 % des personnes sondées citent les congés payés parmi celles auxquelles elles sont le plus attachées, juste derrière l’assurance maladie (75 %), d’après l’enquête menée du 30 avril au 4 mai 2026 auprès d’un échantillon de 1 000 personnes représentatif de la population âgée de 18 ans et plus. Chez les salariés, la mesure arrive même en tête, mentionnée par 73 % d’entre eux.

Le départ en vacances est majoritairement vécu comme une nécessité et non comme un supplément. 61 % des sondés y voient un « besoin essentiel », contre 39 % qui l’assimilent à un luxe. Un attachement de principe qui contraste avec la réalité des budgets. Pour 54 % des Français, partir signifie surtout « être contraint, devoir faire très attention à ses dépenses », relève Ipsos.

L’argent, premier verrou du départ

Selon l’enquête, 27 % des ménages n’avaient pas prévu de partir durant l’été 2026, et 33 % déclaraient avoir dû renoncer à des vacances au cours des quatre dernières années. Le Secours populaire rappelle qu’une année donnée, environ 40 % de la population ne prend pas ses congés loin de son domicile, un plancher qui ne se résorbe pas malgré les dispositifs d’aide au départ.

Les raisons invoquées sont d’abord matérielles. Parmi celles qui ne partent pas, 61 % mettent en avant des contraintes financières, et 51 % expliquent avoir renoncé afin de couvrir des dépenses vitales du quotidien. Le renoncement aux vacances fonctionne ainsi comme une variable d’ajustement du budget, au même titre que d’autres postes de consommation contraints.

Une fracture qui suit la ligne sociale

Le non-départ n’est pas réparti de façon homogène. L’écart se creuse nettement selon la catégorie socioprofessionnelle. 38 % des ouvriers n’envisageaient pas de partir cet été, et 47 % d’entre eux n’ont pas pu s’offrir de séjour au cours des quatre dernières années, contre des proportions plus faibles dans les catégories supérieures.

Les enfants figurent parmi les premiers concernés. Le Secours populaire estime que deux enfants sur cinq restent chaque année à l’écart des vacances, une situation qui pèse sur leur socialisation et leur ouverture. L’association, qui a lancé sa première campagne d’aide au départ dès 1946 et créé la Journée des oubliés des vacances en 1979, poursuit ces dispositifs pour tenter de réduire l’écart.

Un anniversaire en forme de rappel

Pour l’organisation caritative, le quatre-vingt-dixième anniversaire de la loi sonne comme un avertissement plutôt qu’une célébration. « Les vacances, c’est pour tous. Même pour ceux qui pensent ne pas y avoir droit », résume Émilie Schaf, du bureau national du Secours populaire.

Un héritage de 1936 encore à consolider

La généralisation du repos estival, longtemps présentée comme un acquis, apparaît dans l’enquête comme un droit dont l’exercice reste suspendu au pouvoir d’achat. Neuf décennies après les premiers trains vers les plages de l’été 1936, la question posée par les associations demeure la même, celle de rendre le départ possible pour ceux qui, faute de moyens, y ont renoncé avant même d’y prétendre.

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