En six ans, les Français ont rempli 2,3 millions de fois l’Alcoomètre, l’outil d’auto-évaluation de Santé publique France. Plus de huit sur dix des utilisateurs dépassaient les repères de consommation à moindre risque, révèle le bilan publié par l’agence sanitaire.
Dévoilé le 23 juin 2026, ce bilan de six années d’utilisation (2019-2024) offre un regard inédit sur le rapport que les Français entretiennent avec leur consommation d’alcool. Il ne s’agit pas d’une enquête représentative de la population, mais d’un portrait de celles et ceux qui, spontanément, décident de faire le point en ligne. Un public qui se montre nettement plus consommateur que la moyenne nationale.
Huit millions de visites, 2,3 millions de tests
Développé sur le site alcool-info-service.fr, l’Alcoomètre permet à chacun d’évaluer sa consommation au regard des repères sanitaires en vigueur. Selon Santé publique France, la page a été visitée près de huit millions de fois entre 2019 et 2024, et le questionnaire complété 2,3 millions de fois.
Cela représente une moyenne d’environ 41 000 questionnaires par mois, soit près de 1 300 par jour. L’agence souligne le rôle déterminant de ses campagnes de prévention : le nombre de tests quotidiens grimpe à près de 7 000 pendant les campagnes nationales, contre environ 800 le reste du temps.
Plus de huit utilisateurs sur dix au-dessus des repères
Le constat le plus marquant tient au profil de risque des personnes qui se testent. Plus de 81 % des utilisateurs dépassent les repères de consommation à moindre risque, une proportion sans commune mesure avec celle observée dans l’ensemble de la population.
Ces repères, établis à partir d’un avis d’experts publié en 2017, tiennent en trois règles simples : pas plus de deux verres standard par jour, deux jours sans alcool au minimum chaque semaine, et pas plus de dix verres standard par semaine.
À titre de comparaison, le Baromètre de Santé publique France 2024 estimait que 22 % des adultes déclaraient une consommation supérieure à ces repères au cours des sept derniers jours, avec un écart net entre les sexes (30 % des hommes contre 15 % des femmes). L’écart avec les 81 % de l’Alcoomètre confirme que l’outil attire d’abord un public déjà interrogatif sur sa propre pratique.
Un utilisateur type masculin et trentenaire
Le portrait dressé par l’agence est celui d’un public majoritairement masculin : près des deux tiers des utilisateurs sont des hommes. L’âge moyen s’établit à 38 ans, avec une forte concentration entre 25 et 44 ans : les 35-44 ans représentent 28 % des tests, les 25-34 ans 25 %.
Un mouvement retient l’attention chez les plus jeunes. La part des 18-24 ans parmi les utilisateurs a progressé de onze points entre 2019 et 2024. Une évolution que Santé publique France relie à ses actions de prévention ciblées, sans qu’elle traduise nécessairement une hausse de la consommation dans cette tranche d’âge.
Un plateau qui inquiète les autorités sanitaires
Ce bilan intervient alors que la consommation d’alcool des Français, longtemps orientée à la baisse, semble s’être stabilisée. La consommation moyenne d’alcool pur par habitant de 15 ans et plus est passée de plus de 21 litres par an au début des années 1970 à environ 10,4 litres en 2023, selon les données de l’Insee et de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives. Mais ce recul historique s’est ralenti depuis le milieu des années 2000, suggérant l’atteinte d’un plateau.
L’enjeu sanitaire reste massif. L’alcool demeure la deuxième cause de mortalité évitable en France après le tabac, avec plus de 40 000 décès attribués chaque année, liés notamment à des cancers et à des maladies cardiovasculaires et digestives. Dans ce contexte, les outils d’auto-évaluation comme l’Alcoomètre visent à provoquer une prise de conscience individuelle, première étape d’un éventuel changement de comportement, à l’heure où la baisse structurelle de la consommation marque le pas.