À temps de travail identique, les femmes salariées du privé gagnent encore 14 % de moins que les hommes en France, selon l’Insee. L’institut a publié fin février 2026 ses données 2024, qui servent de référence alors que la directive européenne sur la transparence des rémunérations devait être transposée par les États membres avant le 7 juin.
Le chiffre le plus large, celui du revenu salarial annuel, atteint 21,8 % d’écart dans le secteur privé. Les hommes ont perçu en moyenne 28 220 euros nets sur l’année, contre 22 060 euros pour les femmes. Cet écart mêle temps partiel, interruptions de carrière et différences de postes, et sert de baromètre à un rattrapage qui reste lent.
Un écart qui rétrécit à mesure qu’on neutralise le temps de travail
L’Insee montre que la mesure dépend fortement de ce que l’on compare. Ramené à un même volume horaire, l’écart tombe à 14 %. Il se réduit encore à 3,6 % lorsque l’on rapproche une femme et un homme occupant le même emploi dans le même établissement. Autrement dit, une large part de l’écart brut tient moins à une rémunération différente pour un poste identique qu’à la place occupée dans l’entreprise.
Depuis 1995, l’institut rappelle que les écarts de salaire ont été réduits d’environ un tiers, sous l’effet de la hausse de l’activité féminine et d’un rapprochement des niveaux de diplôme.
Le temps partiel pèse lourdement dans l’écart le plus large. Les femmes y ont davantage recours, souvent de façon subie ou pour concilier emploi et charge familiale, ce qui abaisse mécaniquement leur revenu annuel. C’est cette composante que la mesure « à temps de travail identique » neutralise, et qui explique le passage de 21,8 % à 14 %.
La ségrégation professionnelle en cause
L’Insee attribue l’essentiel du différentiel à la répartition des métiers entre femmes et hommes. « Une répartition genrée des professions, les femmes n’occupent pas les mêmes emplois », écrit l’institut, qui estime que « cette ségrégation professionnelle explique l’essentiel des 13 % de différence » en équivalent temps plein.
Les femmes restent surreprésentées dans des secteurs et des fonctions moins bien rémunérés, et sous-représentées dans les postes d’encadrement les mieux payés. Ce tri des métiers pèse davantage que l’écart constaté à poste équivalent.
Le plafond de verre persiste chez les cadres
Les inégalités se creusent en haut de l’échelle. L’écart de salaire en équivalent temps plein reste plus marqué chez les cadres que dans les professions intermédiaires. Et l’accès aux fonctions dirigeantes demeure très déséquilibré, les femmes occupant moins d’un tiers des postes de direction.
Un effet cumulatif sur les carrières
Ces écarts d’accès se répercutent sur les rémunérations les plus élevées, sur les primes et sur les droits à la retraite, qui se calculent sur l’ensemble de la carrière. Le retard pris en début de parcours se rattrape rarement.
La transparence salariale, nouveau levier européen
La directive européenne sur la transparence des rémunérations doit changer la donne. Le texte impose aux employeurs de communiquer sur les niveaux de salaire, d’informer les candidats sur la rémunération avant l’embauche et de signaler les écarts injustifiés dépassant un certain seuil. Les entreprises de plus de 100 salariés seront tenues de publier régulièrement leurs indicateurs.
Le texte ouvre aussi un droit à l’information pour les salariés, qui pourront demander le salaire moyen versé, ventilé par sexe, pour un poste comparable. Un écart supérieur à 5 % non justifié par des critères objectifs devra donner lieu à une évaluation conjointe avec les représentants du personnel.
Sa mise en œuvre effective, échelonnée dans les prochaines années selon la taille des entreprises, sera le prochain test. Les données 2025, attendues l’an prochain, diront si le cadre réglementaire renforcé accélère un rattrapage jusqu’ici mesuré en fractions de point.