L’offre de logements à louer a progressé de 12,5 % sur un an au premier semestre 2026, une première depuis le début de la crise, mais elle reste inférieure de 55 % à son niveau de 2019, selon l’observatoire du marché locatif publié le 9 juillet par la plateforme Bien’ici.
Derrière ce léger rebond se cache un marché fracturé, où studios et deux-pièces concentrent une compétition inédite entre étudiants, jeunes actifs, familles monoparentales et personnes seules. « Un studio ou un deux-pièces, c’est aujourd’hui le bien le plus demandé et le plus rare », résume le président de Bien’ici, David Benbassat.
Une reprise en trompe-l’œil
La hausse de l’offre marque une rupture après plusieurs années de contraction. Elle ne comble pourtant qu’une fraction du terrain perdu. Divisée par plus de deux depuis 2019, l’offre locative demeure très en deçà des besoins, ce qui maintient une forte tension à la relocation.
Le rebond masque surtout de profondes disparités selon les territoires. À Nantes, l’offre bondit de 58 % sur un an et dépasse même son niveau d’avant-crise de 6 %. À Bordeaux, la progression annuelle de 35 % laisse le marché toujours amputé de 69 % par rapport à 2019. En Île-de-France hors Paris, le déficit atteint 45 %.
Quelques villes retrouvent un semblant d’équilibre, à l’image de Strasbourg, où l’offre se rapproche de la demande. Mais à l’échelle des régions, le recul avoisine encore 57 % par rapport à 2019, un écart qui illustre la difficulté à reconstituer un parc locatif suffisant hors des quelques marchés en rebond.
Les petites surfaces au cœur de la pénurie
Le déséquilibre se concentre sur les typologies les plus recherchées. Studios et deux-pièces représentent 64 % de la demande nationale, mais seulement 56 % de l’offre disponible, d’après l’observatoire.
Le glissement d’une partie de ce parc vers la vente accentue le phénomène. La part des studios proposés à la location est passée de 73 % en 2019 à 47 % en 2026. À Paris, ces petites surfaces captent 80 % de la demande pour à peine 69 % de l’offre.
Cette concurrence rapproche des profils qui, hier, ne visaient pas les mêmes biens. Étudiants, jeunes actifs, familles monoparentales et personnes seules postulent désormais sur les mêmes annonces, ce qui allonge les files de candidats et durcit les critères de sélection appliqués par les propriétaires. Dans les métropoles les plus tendues, un même logement peut cumuler plusieurs dizaines de dossiers en quelques heures.
Des revenus exigés hors de portée
La rareté se paie dans les loyers et dans les revenus réclamés aux candidats. Les loyers médians des studios illustrent l’écart entre les métropoles :
- Paris : 1 100 € ;
- Nice : 750 € ;
- Lyon : 667 € ;
- Bordeaux : 630 € ;
- Rennes : 500 €.
Selon l’étude, louer un 60 m² en zone rurale supposerait un revenu net d’environ 1 740 € par mois, déjà supérieur au Smic. À Paris, la barre grimperait à 5 850 € mensuels, soit près de quatre fois le salaire minimum, et un simple studio exigerait deux fois le Smic.
Un sujet renvoyé au débat public
Pour Bien’ici, ces chiffres appellent une réponse politique. « Le logement doit cesser d’être le grand absent du débat public », plaide David Benbassat, qui appelle à traiter la question des petites surfaces comme une priorité.
La Corse fait figure d’exception, seule région où l’offre locative dépasse son étiage de 2019. Partout ailleurs, la reconstitution du parc reste à venir, un socle sur lequel devront se mesurer les prochaines annonces attendues sur l’habitat.