Le gouvernement a présenté le 6 juillet 2026 son nouveau Plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine, un dispositif de 55 mesures couvrant la période 2026-2029, déjà critiqué par des organisations de défense des droits humains.
Dévoilée par la ministre déléguée chargée de la Lutte contre les discriminations, la feuille de route intervient dans un contexte de tension. Le ministère de l’Intérieur a recensé plus de 16 000 infractions à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux en France en 2025, un niveau qui place la question au premier rang des préoccupations institutionnelles.
Une feuille de route en quatre axes
Le plan, porté par la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah), s’organise autour de quatre axes et de treize objectifs stratégiques. Il couvre l’éducation « de l’École à l’Université », l’accompagnement des victimes et la sanction des auteurs, la prévention et la formation de la société, ainsi que la lutte contre les discriminations liées à l’origine.
Aurore Bergé, ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, a défendu un engagement de l’ensemble de l’État. « La République ne négocie pas avec la haine. Ce plan, nous l’avons construit avec celles et ceux qui la combattent chaque jour sur le terrain », a-t-elle déclaré, ajoutant qu’il vise à « mieux prévenir la haine, mieux éduquer, mieux protéger les victimes y compris de la haine en ligne et mieux sanctionner chaque auteur ».
Un ancrage territorial visé pour 2027
Le gouvernement affiche l’objectif de doter 100 % des départements d’un plan départemental de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations d’ici au premier trimestre 2027. Chaque mesure serait assortie d’indicateurs de suivi précis, selon la Dilcrah, afin d’adapter les priorités nationales aux réalités locales et de mobiliser les acteurs concernés.
Cet effort de territorialisation constitue l’une des principales nouveautés affichées par rapport aux plans précédents, dont l’application avait été jugée inégale selon les territoires.
Des chiffres qui restent élevés
Le contexte statistique reste préoccupant. Selon le bilan 2025 du ministère de l’Intérieur, les services ont enregistré près de 9 700 crimes et délits à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux, en hausse d’environ 5 % sur un an, auxquels s’ajoutent plusieurs milliers de contraventions. Les atteintes physiques ont progressé d’environ 11 %.
Les actes antisémites concentrent une part majeure de ces faits. Ils représenteraient plus de la moitié des actes antireligieux recensés en 2025, alors que la population de confession juive est estimée à moins de 1 % de la population française. Si le nombre d’actes antisémites marque un recul par rapport à 2024, année marquée par un pic, il demeure à un niveau historiquement élevé. Le milieu scolaire inquiète particulièrement, avec plusieurs milliers de signalements dans les établissements du second degré.
Human Rights Watch dénonce une approche trop étroite
Une semaine après le lancement, Human Rights Watch a rendu publique le 13 juillet une critique frontale du dispositif. L’organisation estime que le plan ne parvient pas à traiter « la nature systémique et institutionnelle du racisme en France ».
« La France devrait cesser de considérer le racisme comme un problème lié aux préjugés individuels, et reconnaître au contraire que le racisme est systémique et nécessite donc des réponses systémiques », a affirmé Almaz Teffera, chercheuse senior sur les questions de racisme en Europe au sein de l’ONG. Human Rights Watch reproche notamment au plan de prévoir « une formation des policiers sur la question du racisme », mais de ne pas tenir compte de « l’actuelle réalité des pratiques policières discriminatoires ».
L’organisation critique aussi l’absence de dispositif de collecte de données désagrégées sur l’égalité, estimant que le plan « s’engage à mesurer et débusquer les discriminations pour mieux les combattre, mais ne prévoit pas la mise en place de structures » permettant de le faire. Elle regrette enfin que le texte ne donne pas suite au discours prononcé en mai 2026 par le président de la République sur les réparations liées à l’esclavage.