Le niveau de vie des Français a progressé de 1,8 % en 2024, mais les inégalités ont atteint leur plus haut niveau depuis 1996, portées par la hausse des plus hauts revenus, selon une étude de l’Insee publiée le 9 juillet.
Le paradoxe est net. La pauvreté monétaire est restée stable, à 15,4 % de la population, quand l’écart entre les plus aisés et les plus modestes s’est encore creusé. Derrière une amélioration générale du pouvoir d’achat, la photographie sociale que dresse l’institut confirme une France qui décroche par le haut plutôt que par le bas.
Une pauvreté stable mais installée à un niveau record
En 2024, 9,8 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté en France métropolitaine, fixé à 1 337 euros par mois pour une personne seule. Le taux de pauvreté, à 15,4 %, est resté quasi inchangé par rapport à 2023, mais il se maintient à son plus haut niveau depuis le début de la série statistique, en 1996.
L’intensité de la pauvreté, qui mesure l’écart entre le revenu médian des personnes pauvres et le seuil, s’établit à 19,7 %. Autrement dit, la moitié des personnes concernées vit avec un revenu inférieur de près d’un cinquième au seuil de pauvreté.
Des niveaux de vie tirés par le reflux de l’inflation
Le niveau de vie médian a atteint 2 228 euros par mois pour une personne seule, soit 26 740 euros par an et par unité de consommation. Sa progression de 1,8 % en euros constants marque une nette accélération après une hausse de 1,0 % en 2023.
L’institut relie directement ce redressement au ralentissement des prix. « Les niveaux de vie augmentent dans un contexte de net reflux de l’inflation », résume l’Insee, qui observe une amélioration valable à tous les niveaux de l’échelle des revenus.
Les inégalités poussées par le sommet
C’est du côté des plus favorisés que le mouvement s’accentue. L’indice de Gini, qui mesure les inégalités de niveau de vie, a progressé de 0,005 point pour atteindre 0,302, son plus haut depuis 1996. Les 20 % de personnes les plus aisées disposent désormais d’un niveau de vie 4,62 fois supérieur à celui des 20 % les plus modestes, un maximum sur la période observée.
Le rapport interdécile, qui compare le haut et le bas de la distribution, reste pour sa part quasi stable, à 3,48. Le creusement provient donc surtout de la concentration des revenus au sommet, et non d’un décrochage supplémentaire des ménages pauvres.
Une progression valable à tous les étages
Le détail des données nuance toutefois le tableau. Le niveau de vie des plus modestes a progressé de 1,7 % et celui des plus aisés de 1,4 %, soit une hausse comparable en bas comme en haut de l’échelle. Le creusement des inégalités ne tient donc pas à un décrochage des ménages pauvres, dont la situation s’est améliorée, mais à la concentration croissante des revenus les plus élevés.
Ce mécanisme explique le paradoxe apparent d’une étude qui constate à la fois une amélioration générale et un record d’inégalités. La reprise du pouvoir d’achat, portée par la décrue des prix, profite à l’ensemble de la population, mais elle ne suffit pas à resserrer un écart que la dynamique des hauts revenus continue d’élargir.
Des disparités qui restent marquées entre territoires
La pauvreté demeure très inégalement répartie sur le territoire, les écarts entre départements et entre quartiers restant considérables. Ces disparités nourrissent le débat sur les politiques de redistribution et de soutien aux familles, alors que l’Insee doit livrer dans les prochaines semaines de nouvelles études territoriales, notamment sur la fécondité et l’usage du numérique par les ménages.