Champ agricole français avec un tracteur épandant un traitement, ciel couvert au-dessus des cultures

Loi d’urgence agricole, la ministre Monique Barbut démissionne sur les pesticides

La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a annoncé mardi 21 juillet qu’elle présenterait sa démission, quelques heures après l’adoption définitive au Sénat de la loi d’urgence agricole autorisant le retour sous dérogation de pesticides interdits en France.

Le départ annoncé d’une ministre en désaccord avec un texte voté par sa propre majorité fait éclater au grand jour une fracture qui couvait depuis des semaines au sein du gouvernement de Sébastien Lecornu. Il intervient au dernier jour de la session avant la trêve estivale, à quelques semaines de la bataille budgétaire de l’automne.

Un vote acquis, une ministre qui claque la porte

Le Sénat a adopté le texte par 214 voix pour et 111 contre le 21 juillet, scellant le parcours parlementaire d’un projet d’une soixantaine d’articles consacrés à la souveraineté alimentaire, à la gestion de l’eau, à l’élevage et aux produits phytosanitaires. La commission mixte paritaire avait conservé la disposition la plus contestée, ajoutée par les sénateurs, qui rouvre la porte à deux insecticides.

Pour Monique Barbut, en poste depuis octobre 2025 et issue de la société civile, cette réintroduction rendait sa position intenable. « Dans ma tête, je n’ai pas d’autre option que de remettre ma démission. Soit vous êtes ministre, soit vous n’êtes pas ministre », a-t-elle déclaré, citée par LCP. Elle a ajouté : « Si ma démission est acceptée, je pars. »

L’acétamipride au cœur de la rupture

Le texte confie à l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) la possibilité d’autoriser à titre dérogatoire l’acétamipride et le flupyradifurone, deux néonicotinoïdes interdits en France mais toujours homologués dans l’Union européenne, pour quelques filières jugées en difficulté. La ministre s’opposait aussi à plusieurs mesures relatives à l’eau.

Sébastien Lecornu a tenté de désamorcer la controverse en minimisant la portée de l’article incriminé. « L’acétamipride n’a pas été rétabli dans ce texte », a soutenu le Premier ministre, appelant sur le réseau X à ne pas « instrumentaliser à des fins politiciennes » la loi. L’argument est contesté par les défenseurs de l’environnement, qui pointent au contraire une brèche assumée.

Ce que prévoit la loi

  • Une réautorisation dérogatoire, sous conditions et sur décision de l’Anses, de l’acétamipride et du flupyradifurone ;
  • Des dispositions sur la gestion et le stockage de l’eau à usage agricole ;
  • Des mesures de soutien à l’élevage et à la souveraineté alimentaire ;
  • Un ensemble d’environ 70 articles au total.

Un précédent qui pèse sur le texte

La disposition n’est pas inédite. Un an plus tôt, la loi portée par le sénateur Laurent Duplomb prévoyait déjà le retour de l’acétamipride. Le Conseil constitutionnel avait censuré cette réintroduction, estimant qu’elle méconnaissait les exigences de protection de la santé et de l’environnement. Le même mécanisme, réécrit, se retrouve donc devant le juge constitutionnel un an après sa première censure.

Ce précédent nourrit les critiques sur la méthode. La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, s’est dite « extrêmement gênée » par cette réintroduction adoptée sans nouveau débat de fond dans l’hémicycle. Les opposants rappellent que la version antérieure du texte avait suscité une pétition réunissant plus de deux millions de signataires.

La majorité agricole salue, la gauche et les ONG dénoncent

Les réactions se sont polarisées dès l’adoption. La FNSEA, premier syndicat agricole, a salué « un tournant majeur » et une prise de conscience de la situation critique des exploitations. À l’opposé, le coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard, a fustigé le retour de « deux pesticides cancérigènes ».

Les organisations environnementales ont enfoncé le clou. Greenpeace a accusé le gouvernement de « piétiner la science, la santé, l’environnement », tandis que l’association Générations futures a dénoncé une concession accordée « à la demande de la FNSEA ». Le désaccord porte moins sur l’objectif de soutien aux agriculteurs que sur le prix sanitaire du dispositif.

Un remaniement en suspens avant l’automne budgétaire

La démission devait être formalisée lors du Conseil des ministres du mercredi 22 juillet, Sébastien Lecornu étant chargé d’en finaliser les modalités. Le départ de Monique Barbut ouvre une vacance au ministère de la Transition écologique alors que la session parlementaire s’achève et que les députés ne reprendront leurs travaux qu’à la rentrée. Le remplacement de la ministre et la saisine attendue du Conseil constitutionnel sur les articles pesticides détermineront la suite d’un dossier qui, en un an, aura déjà fait tomber une disposition et une ministre.

Derniers articles