La France a compté plus de morts que de naissances en 2025, une première depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, selon le bilan démographique publié par l’Insee début juillet 2026. L’institut recense 643 905 bébés nés dans l’année, contre 651 000 décès, soit un solde naturel négatif de 6 000 personnes.
Ce basculement, longtemps repoussé par la vigueur des naissances françaises, marque un tournant que les démographes anticipaient sans le dater précisément. Il intervient alors que la fécondité continue de reculer et que les générations nombreuses de l’après-guerre atteignent des âges où la mortalité augmente. La croissance de la population ne tient désormais plus qu’au solde migratoire.
Un solde naturel dans le rouge pour la première fois depuis 1945
Le solde naturel, différence entre les naissances et les décès, était resté positif chaque année depuis 1945. Il s’établit à moins 6 000 en 2025, d’après l’Insee Première consacré au bilan démographique. « Pour la première fois depuis 1945, le solde naturel est négatif, à -6 000 », résume l’institut.
La bascule reste, pour l’instant, de faible ampleur. Elle ne suffit pas à faire diminuer la population, qui atteint 69,1 millions d’habitants au 1ᵉʳ janvier 2026, portée par les arrivées sur le territoire. Mais elle installe la France dans la situation que connaissent déjà l’Italie, l’Allemagne ou l’Espagne, où les décès dépassent les naissances depuis plusieurs années.
Des naissances au plus bas depuis 1942
Le recul des naissances, engagé depuis une quinzaine d’années, ne faiblit pas. Avec 643 905 bébés, l’année 2025 enregistre une baisse de 2,3 % par rapport à 2024, après un repli de 2,8 % l’année précédente. Le nombre de naissances est inférieur de 23,6 % à celui de 2010, période de dernier pic, et atteint son plus bas niveau depuis 1942, selon l’Insee Focus publié le 6 juillet 2026.
Cette érosion touche surtout les mères les plus jeunes, comme le détaille l’Insee dans sa ventilation par âge sur un an :
- moins de 25 ans : baisse des naissances de 7 % ;
- 25 à 29 ans : baisse de 3 % ;
- 30 à 34 ans : baisse de 2 % ;
- 35 ans ou plus : naissances stables.
L’âge moyen à la maternité poursuit dans le même temps sa lente progression et s’établit à 31,2 ans, contre un peu moins de 30 ans au début des années 2010.
Une fécondité au plus bas depuis un siècle
L’indicateur conjoncturel de fécondité, qui mesure le nombre moyen d’enfants par femme, tombe à 1,56 en 2025, après 1,61 en 2024. L’Insee souligne l’ampleur du repli. « Il faut remonter à la fin de la Première Guerre mondiale pour retrouver un ICF aussi bas qu’en 2025 », note l’institut.
Ce niveau reste toutefois parmi les plus élevés de l’Union européenne, où la moyenne se situe nettement en dessous du seuil de renouvellement des générations, fixé à 2,1 enfants par femme. La France, longtemps citée en exemple pour sa natalité soutenue, rejoint ainsi la tendance continentale sans en occuper encore le bas du classement.
Une mortalité poussée par le vieillissement
De l’autre côté de la balance, les décès progressent. L’Insee en dénombre environ 651 000 en 2025, en hausse de 1,5 % sur un an. Cette augmentation accompagne le vieillissement des baby-boomers, nés entre 1946 et le milieu des années 1970, qui atteignent des âges où la probabilité de mourir s’élève.
L’espérance de vie à la naissance continue pourtant de progresser. Elle atteint 85,9 ans pour les femmes et 80,3 ans pour les hommes, l’écart entre les deux sexes se réduisant lentement au fil des années. La hausse des décès résulte donc moins d’une dégradation de la santé que du poids croissant des classes d’âge âgées dans la population.
Un tournant aux conséquences durables
Le passage à un solde naturel négatif n’est pas mécaniquement irréversible d’une année sur l’autre, mais il s’inscrit dans une dynamique de fond. Si la fécondité restait à son niveau actuel et que la mortalité augmentait avec l’arrivée des générations nombreuses aux grands âges, l’écart entre décès et naissances se creuserait dans les prochaines décennies.
Les projections publiées par l’Insee au printemps 2026 vont dans ce sens. Elles dessinent une population plus âgée et probablement moins nombreuse à l’horizon 2070, la part des 65 ans ou plus passant de 22 % aujourd’hui à environ un tiers des habitants. Dans ce scénario, seule l’immigration maintiendrait la population au-dessus de son niveau actuel jusqu’au milieu des années 2030.
Les données définitives pour 2025, ainsi que les premières tendances de l’année 2026, seront affinées par l’Insee dans ses publications démographiques des prochains mois. Sur les cinq premiers mois de 2026, le nombre de naissances s’affiche déjà en recul de 1,3 % par rapport à la même période de 2025.