À Washington, Jerome Powell a réaffirmé, mardi 24 juin 2025, que la Fed n’entendait pas précipiter une baisse des taux malgré la pression croissante de la Maison-Blanche. Auditionné devant la Commission financière de la Chambre des représentants, le président de la banque centrale a expliqué que l’institution restait « bien placée pour attendre » davantage de preuve économique avant tout ajustement de sa politique monétaire. Le message intervient alors que les taux d’intérêt directeurs sont maintenus dans une fourchette de 4,25% à 4,50% depuis décembre et que les marchés financiers scrutent chaque signal sur le calendrier d’un éventuel assouplissement. L’équation est rendue plus délicate par la trajectoire de l’inflation, mais aussi par l’incertitude liée aux choix commerciaux de l’exécutif américain, que la Fed estime susceptibles d’influencer prix et activité.
Jerome Powell réaffirme une décision de la Fed guidée par les données, pas par l’urgence
Devant les élus, Jerome Powell a posé un cadre clair : la décision de la Fed dépendra de l’évolution de l’économie américaine et d’indicateurs jugés suffisamment probants. Il a insisté sur le fait que l’institution pouvait se permettre d’attendre, estimant que l’activité restait solide et qu’il n’y avait pas « d’urgence » à modifier le niveau actuel des taux d’intérêt.
Dans sa déclaration liminaire, il a aussi rappelé la portée concrète de la politique de la banque centrale sur les ménages et les entreprises, et la priorité donnée au double mandat : stabilité des prix et plein emploi. Sur la séquence politique, le président de la Fed a évité l’affrontement direct, y compris lorsqu’il a été interrogé sur les critiques répétées de Donald Trump, redevenu président en janvier 2025. Dans les heures précédant l’audition, le chef de l’État l’avait attaqué sur Truth Social, jugeant la politique monétaire trop restrictive et appelant les gouverneurs à « agir ».
Pour illustrer les effets des taux élevés, un dirigeant de PME du logiciel d’entreprise, suivi par des investisseurs de la côte Est, racontait récemment à des banquiers régionaux que les refinancements se négociaient désormais « au cas par cas », avec des exigences de rentabilité plus strictes. Ce type de situation, largement relayé dans les données de crédit, alimente les attentes d’assouplissement, mais ne suffit pas, à lui seul, à constituer la preuve économique recherchée par la Fed. La banque centrale, elle, veut éviter un relâchement prématuré qui fragiliserait sa crédibilité anti-inflation.

Inflation PCE, droits de douane et géopolitique au cœur du raisonnement de politique monétaire
L’un des points les plus suivis de l’audition concerne l’inflation mesurée par l’indice PCE, jauge privilégiée de la Fed. Jerome Powell a indiqué s’attendre à ce que la publication de mai — annoncée pour le vendredi suivant — fasse apparaître une hausse des prix de 2,3% sur un an, après 2,1% en avril. Cette perspective d’accélération, même limitée, suffit à entretenir la prudence de l’institution.
Le patron de la Fed a aussi remis sur la table l’impact probable des droits de douane décidés depuis janvier 2025, estimant qu’ils pourraient pousser les prix à la hausse tout en pesant sur l’activité. C’est l’un des nœuds actuels : si les tarifs renchérissent des intrants ou certains biens importés, la dynamique désinflationniste peut se gripper, rendant plus coûteux un pivot rapide vers une baisse des taux.
La Fed a, par ailleurs, jugé qu’il était trop tôt pour mesurer les retombées économiques de la guerre au Moyen-Orient. Sur ce terrain, l’incertitude se transmet souvent par l’énergie, les coûts logistiques et le sentiment de risque, des canaux surveillés par les salles de marché. Pour suivre ces fragilités, plusieurs observateurs rapprochent le discours de la Fed des lectures plus larges sur les risques géopolitiques pour l’économie mondiale, dont l’intensité peut rapidement se refléter dans les anticipations d’inflation et la volatilité.
Dans cet environnement, la banque centrale cherche moins un chiffre isolé qu’un faisceau d’indices cohérents, capable d’étayer une preuve économique durable. C’est ce filtre, davantage que le débat politique, qui conditionne la suite.
Divisions internes à la Fed et attentes des marchés financiers avant la réunion de fin juillet
La dernière réunion de la Fed, la semaine précédant l’audition, s’est conclue par un statu quo unanime. Mais le front se nuance à l’approche du rendez-vous des 29 et 30 juillet, moment où les investisseurs testeront la solidité du scénario d’assouplissement. Plusieurs responsables se montrent plus ouverts qu’en début d’année à une baisse des taux, à condition que les pressions sur les prix restent contenues.
Le gouverneur Christopher Waller a ainsi déclaré ne pas vouloir « attendre beaucoup plus ». De son côté, Michelle Bowman, vice-présidente chargée de la supervision, a indiqué qu’elle soutiendrait une diminution des taux d’intérêt si l’inflation demeurait modérée d’ici la prochaine réunion. Ces signaux comptent d’autant plus que Waller est cité parmi les candidats possibles à la succession de Powell, dont le mandat court jusqu’au printemps 2026.
Les marchés financiers arbitrent déjà entre ces sensibilités : à chaque prise de parole, les anticipations de taux se recalibrent, influençant dollar, obligations et valeurs de croissance, notamment dans la tech. Pour les entreprises du numérique, la question n’est pas théorique : un responsable financier d’une société SaaS new-yorkaise confiait récemment que le coût du capital restait « la variable qui décide » d’un plan d’embauches ou du rythme d’investissement dans l’IA. Dans ce contexte, les analyses sur la transmission des taux au financement productif, comme celles évoquées autour du crédit aux entreprises et la Réserve fédérale, sont suivies de près par les directions financières.
À ce stade, Jerome Powell s’est gardé de commenter publiquement les positions de ses collègues. La ligne officielle demeure celle d’une politique monétaire « en attente », jusqu’à ce que les données apportent la preuve économique jugée nécessaire pour trancher. La prochaine séquence de statistiques, puis la réunion de fin juillet, diront si la Fed estime enfin disposer de ce niveau de confirmation.
Entre inflation PCE attendue en légère hausse, incertitudes sur les effets des droits de douane et signaux divergents au sein du comité, la banque centrale avance sur une crête. La question qui domine désormais Wall Street est simple : la Fed verra-t-elle, d’ici fin juillet, suffisamment d’éléments tangibles pour justifier un premier geste, ou prolongera-t-elle le statu quo au nom de la crédibilité anti-inflation ?