Devanture d'un commerce fermé avec un rideau métallique baissé

Défaillances d’entreprises, un premier semestre record en France

Près de 37 700 entreprises ont demandé l’ouverture d’une procédure devant le tribunal de commerce au premier semestre 2026, un niveau inédit qui confirme la dégradation du tissu économique français. Selon les données de la Banque de France, le chiffre dépasse d’environ 1 500 celui de la même période de 2025.

La hausse, de l’ordre de 5 % sur un an, prolonge une tendance amorcée après la fin des aides déployées pendant la crise sanitaire. Elle touche surtout les petites structures, microentreprises et TPE, plus exposées au ralentissement de la demande et au coût du crédit.

Un pic concentré sur le début d’année

Le premier trimestre a porté l’essentiel de la poussée, avec environ 19 000 procédures ouvertes, un record pour un début d’année. Le deuxième trimestre a marqué une relative stabilisation, sans inverser la trajectoire. Sur douze mois glissants à fin mai, la Banque de France recensait 70 077 défaillances, un plateau très supérieur aux niveaux d’avant 2020.

L’institution souligne l’ampleur historique du phénomène. Le niveau atteint, note-t-elle, « n’avait été atteint ni lors de la crise financière de 2008, ni au moment de la crise des dettes souveraines » du début des années 2010.

Construction, commerce et restauration en première ligne

Trois secteurs concentrent une part importante des défauts. La construction paie le coup d’arrêt de la commande de logements neufs et le renchérissement des matériaux. Le commerce de détail subit l’arbitrage des ménages sur leurs dépenses, tandis que la restauration peine à absorber la hausse des charges après plusieurs années de chocs successifs.

Des microentreprises très exposées

Les structures les plus fragiles restent les plus jeunes et les moins capitalisées. La Banque de France insiste sur la vulnérabilité des TPE et PME aux variations de conjoncture, alors que la trésorerie de nombreuses entreprises a été rognée par le remboursement des prêts garantis par l’État. Rapporté aux standards de 2018-2019, le tissu économique français encaisse un surplus d’environ 5 000 défauts par trimestre, signe que le niveau ne relève plus d’un simple retour à la normale après la parenthèse des aides publiques.

La fin des soutiens et le coût du crédit en toile de fond

Plusieurs facteurs se conjuguent. L’extinction progressive des dispositifs déployés pendant la crise sanitaire a laissé apparaître des fragilités masquées pendant deux ans. Le renchérissement du crédit, après la remontée des taux, a alourdi le service de la dette pour des entreprises déjà endettées par les prêts garantis. La demande atone, enfin, prive de débouchés les secteurs les plus dépendants de la consommation des ménages.

Cette accumulation explique que les défauts ne se limitent plus aux entreprises créées récemment, mais gagnent des sociétés installées, parfois rentables avant la succession de chocs des dernières années.

Une projection de 69 000 défaillances sur l’année

Les économistes du groupe BPCE, dans une projection dévoilée en février, tablent sur environ 69 000 procédures pour l’ensemble de 2026. Un tel volume rapprocherait la France de ses plus mauvaises années. Chaque défaillance se répercute au-delà de l’entreprise concernée, sur ses fournisseurs, ses sous-traitants, les collectivités et les salariés.

L’impact sur l’emploi se compte en dizaines de milliers de postes menacés, selon les mêmes estimations. La trajectoire du second semestre dépendra du redémarrage de la consommation et de l’évolution des taux, deux variables encore incertaines à la mi-2026.

Un baromètre scruté pour la rentrée

Les prochaines publications mensuelles de la Banque de France, attendues au fil de l’été, diront si la stabilisation observée au printemps se confirme. Les fédérations professionnelles réclament, elles, un allègement des charges et un accompagnement renforcé des entreprises en difficulté avant l’automne, période traditionnellement lourde pour les trésoreries.

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