Façade en pierre du siège de la Banque de France, symbole de la conjoncture économique française

La Banque de France relève la croissance du deuxième trimestre mais rabote son année 2026

La Banque de France a relevé mercredi sa prévision de croissance à 0,2 % pour le deuxième trimestre 2026, contre une stagnation attendue le mois précédent, tout en abaissant à 0,5 % son estimation pour l’ensemble de l’année.

Ce double mouvement, tiré de l’enquête mensuelle de conjoncture menée auprès de 8 500 entreprises entre le 26 juin et le 3 juillet, résume le paradoxe de l’économie française à mi-année : un léger regain d’activité au printemps, insuffisant pour effacer un premier trimestre en recul et une demande intérieure qui reste atone. La révision annuelle, amputée de 0,4 point par rapport à la prévision de mars, éloigne aussi la France de la moyenne de la zone euro, attendue autour de 0,8 %.

Un printemps un peu moins mou

Selon l’institution monétaire, l’activité s’est renforcée en juin dans l’industrie et a rebondi dans les services marchands et le bâtiment, après un mois de mai perturbé par les ponts et fermetures liés au calendrier. La défense, l’automobile, la technologie et l’agroalimentaire figurent parmi les secteurs les plus dynamiques. Dans l’agroalimentaire, « les ventes de produits frais, de boissons et de glaces ont soutenu l’activité », relève l’enquête.

Le rebond de 0,2 % anticipé pour le trimestre en cours succède à un premier trimestre contracté. Il reste modeste au regard des standards d’avant-crise sanitaire, où la croissance trimestrielle française dépassait régulièrement 0,3 à 0,5 % en phase d’expansion.

La canicule n’a pas fait dérailler l’activité

Interrogés en pleine vague de chaleur, les chefs d’entreprise n’ont pas signalé de choc majeur sur leur production. La Banque de France note que les sociétés touchées par les fortes températures « ont modifié leurs horaires de travail et ont, dans l’ensemble, réussi à maintenir leur volume d’activité ».

Cette résilience contraste avec les inquiétudes exprimées au printemps, quand plusieurs fédérations professionnelles redoutaient un été à l’arrêt sur les chantiers et dans l’industrie lourde. L’ajustement des plages horaires a limité les pertes, sans pour autant relancer la dynamique.

Une prévision annuelle rabotée

Derrière l’embellie trimestrielle, la Banque de France a paradoxalement dégradé sa perspective pour 2026. Elle table désormais sur une croissance de 0,5 % sur l’année, contre 0,9 % anticipé en mars. L’institution invoque une demande intérieure durablement faible : une consommation des ménages en berne, un investissement prudent et un emploi industriel qui cesse de progresser.

L’écart avec les hypothèses gouvernementales devient notable. L’exécutif retient encore 0,7 % de croissance pour bâtir ses équilibres budgétaires, un point de plus haut que la banque centrale. Or chaque dixième de croissance manquant pèse sur les recettes fiscales et complique la trajectoire de réduction du déficit défendue par Bercy.

Des tensions sur les prix qui refluent

L’enquête apporte une note plus rassurante sur les prix. Les hausses de coûts des matières premières et de l’énergie s’atténuent, et si les prix de vente continuent de monter, c’est à un rythme plus modéré qu’en mai. Les difficultés d’approvisionnement reculent globalement, tout en restant marquées dans certains segments industriels.

Les points de vigilance demeurent, comme le montrent les chiffres suivants relevés par la Banque de France :

  • taux d’utilisation des capacités de production dans l’industrie à 76,8 %, en deçà de sa moyenne historique de 78 à 79 % ;
  • tensions d’approvisionnement persistantes dans l’informatique-électronique-optique et l’aéronautique ;
  • anticipations d’activité en juillet ramenées à +4 points, contre +8 en juin.

L’indicateur d’incertitude, lui, poursuit sa décrue et retrouve ses niveaux d’avant les tensions au Proche-Orient. Les dirigeants placent désormais les tensions internationales et le prix des intrants en tête de leurs préoccupations.

Un signal avant les indicateurs de fin juillet

Cette photographie de conjoncture précède plusieurs publications attendues. L’Insee, qui anticipe pour sa part 0,7 % de croissance annuelle sur la base d’un deuxième trimestre à 0,3 %, doit livrer le 31 juillet son estimation provisoire de l’indice des prix à la consommation de juillet, ainsi que les indices de prix de production et d’importation dans l’industrie.

La divergence entre les 0,5 % de la Banque de France et les 0,7 % de l’Insee dessine déjà la ligne de fracture du débat budgétaire de la rentrée. Le premier chiffrage officiel du produit intérieur brut du deuxième trimestre, publié par l’Insee fin juillet, viendra départager les deux estimations.

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