Le gouvernement chinois a dévoilé ces derniers jours un nouvel ensemble de mesures de soutien destiné à stimuler la consommation et à remettre sur les rails une relance économique devenue prioritaire. Présenté par le Conseil des affaires de l’État, ce plan d’action spécial intervient dans un contexte où la deuxième puissance mondiale peine à retrouver un rythme solide après le ralentissement engagé depuis 2023, sur fond de crise immobilière et de confiance fragile des ménages. Pékin vise une croissance autour de 5 % et mise sur le marché intérieur pour compenser des vents contraires à l’export, accentués par le durcissement commercial américain. Derrière l’annonce, la stratégie se veut plus large que les précédentes vagues de coupons et de subventions : elle associe pouvoir d’achat, filets sociaux, stabilisation des actifs et soutien financier, avec l’objectif assumé de remettre la demande domestique au cœur du développement de l’économie chinoise.
Un plan d’action spécial centré sur les revenus et la consommation des ménages
Selon la communication officielle, le Conseil des affaires de l’État met en avant une approche qui cherche à « soutenir la consommation de manière vigoureuse » en jouant d’abord sur la capacité des ménages à dépenser. Le texte insiste sur l’augmentation des revenus, aussi bien en ville qu’à la campagne, et évoque explicitement l’objectif d’une progression « raisonnable » des salaires, ainsi qu’un ajustement des salaires minimums.
Le plan intègre aussi des leviers sociaux plus structurants : revalorisation « appropriée » des pensions, renforcement des aides liées aux soins aux personnes âgées et extension de la couverture de l’assurance maternité à des catégories souvent moins protégées (travailleurs migrants ruraux, emplois flexibles et nouvelles formes d’emploi). Dans un pays où la démographie pèse sur les perspectives, la création d’un système de garde d’enfants subventionné est présentée comme un outil à la fois social et économique.
Le document mentionne également la protection légale du droit au repos et aux vacances, avec un rappel explicite contre les extensions illégales du temps de travail. Une façon de relier la reprise de la dépense à des changements de cadre de vie : si les ménages retrouvent de la visibilité et du temps, consommer devient moins anxiogène. À l’échelle numérique, l’enjeu est majeur pour les plateformes : la Chine reste le premier marché du commerce électronique, et toute inflexion de la demande se répercute rapidement sur les géants du e-commerce, de la livraison et des paiements mobiles.

Immobilier, actions et finance : Pékin veut stabiliser les actifs pour relancer la demande
Fait notable, le plan met en avant la nécessité de stabiliser à la fois le marché immobilier et le marché actions. Pékin part d’un constat : la consommation ne dépend pas uniquement des revenus, mais aussi du sentiment de richesse et de sécurité financière. Or, la crise immobilière, qui pèse sur les ménages depuis 2022, a durablement entamé la confiance.
Les autorités rappellent une série de mesures déjà déployées depuis l’an dernier pour soutenir la pierre : baisses des taux hypothécaires, réduction des exigences d’apport, assouplissement des restrictions d’achat et mécanismes de coordination du financement pour aider les promoteurs. L’objectif est d’enrayer le ralentissement, puis de restaurer une forme de stabilité, indispensable pour que les ménages cessent d’épargner par précaution.
Sur le volet financier, le plan évoque le renforcement de mécanismes de stabilisation des marchés et la volonté de faciliter l’entrée de capitaux dits « longs » (assurances commerciales, fonds national de sécurité sociale, fonds liés aux retraites de base) sur les marchés. Pékin cherche ainsi à réduire la volatilité, un élément qui se transmet immédiatement à l’économie digitale : quand les actifs tanguent, les dépenses discrétionnaires (smartphones, électroménager, services de loisirs) sont souvent les premières ajustées.
Cette articulation entre patrimoine, finance et consommation s’inscrit dans une politique économique plus large, qui vise à rendre le stimulus plus efficace que les opérations ponctuelles. À titre de comparaison, la distribution de coupons annoncée l’été dernier – environ 20 milliards d’euros selon plusieurs estimations reprises par la presse économique – avait soutenu certains achats, notamment l’automobile et l’équipement de la maison, sans provoquer un décollage durable.
Une relance du marché intérieur face au durcissement commercial américain
Si Pékin insiste sur la demande domestique, c’est aussi parce que l’option « tout export » devient plus incertaine. En 2024, les exportations chinoises ont atteint un record d’environ 3 400 milliards d’euros, un amortisseur important pour l’activité. Mais le retour de mesures commerciales américaines a rehaussé le niveau de risque pour de nombreux secteurs, des biens de consommation à l’industrie.
Les États-Unis ont annoncé une surtaxe additionnelle de 20 % sur les produits chinois et un droit de douane supplémentaire de 25 % sur l’acier et l’aluminium. Pékin a répliqué avec des taxes de 10 à 15 % visant des produits agricoles américains, dont le soja, le maïs, le blé et le bœuf. Dans ce contexte, la priorité donnée au marché intérieur prend une dimension défensive : soutenir la consommation revient à amortir les chocs extérieurs.
Les indicateurs récents restent contrastés. Les ventes au détail de biens de consommation ont progressé de 4 % sur un an sur les deux premiers mois de 2025, légèrement mieux que sur la même période en 2024. Pour autant, la confiance des ménages demeure un point de fragilité, comme l’a souligné Li Chunlin, directeur adjoint de la National Development and Reform Commission (NDRC), en rappelant que la stimulation de la demande intérieure reste « impérative ».
Dans l’économie numérique, ce climat se lit dans la prudence des achats de milieu de gamme et dans la bataille entre plateformes pour capter une dépense plus rare. La question est simple : comment convertir l’intention en acte, quand le consommateur hésite encore ? Ces débats sur la demande interne résonnent avec d’autres analyses macroéconomiques, notamment sur la trajectoire mondiale évoquée par les projections de croissance mondiale, ou sur le cas chinois suivi de près par les derniers indicateurs de l’économie chinoise.
En filigrane, le message de Pékin est clair : la relance passera moins par un geste unique que par une recomposition progressive des incitations, des protections sociales et de la stabilité financière. Reste à voir si cette combinaison, plus structurelle, suffira à transformer l’épargne de précaution en consommation durable, et à remettre la croissance sur une trajectoire compatible avec les ambitions de développement affichées.