Nouveau-né tenu dans une maternité, illustrant la surveillance de la santé périnatale en France

La mortalité infantile a progressé de 1 % par an sur dix ans en France, alerte Santé publique France

La mortalité infantile en France a atteint 4,08 décès pour 1 000 naissances vivantes en 2024, en hausse d’environ 1 % par an sur la dernière décennie, selon le bilan de dix ans de surveillance périnatale publié le 8 juillet 2026 par Santé publique France. L’agence décrit des « évolutions contrastées », entre progrès réels et dégradations persistantes.

Ce constat replace la France en position défavorable à l’échelle du continent. Avec ce taux, l’Hexagone se situe au 21e rang sur 27 pays de l’Union européenne. La courbe est repartie à la hausse depuis le milieu des années 2010, alors que le taux s’établissait à 3,49 pour 1 000 en 2014, une inversion de tendance que l’agence sanitaire juge préoccupante.

Une natalité en recul et des mères plus âgées

Le rapport documente une transformation profonde de la maternité en France. Le pays a enregistré 660 000 naissances en 2024, soit 160 000 de moins qu’en 2012. Dans le même temps, l’âge moyen des mères à l’accouchement a progressé pour atteindre 31,1 ans, un quart d’entre elles ayant désormais 35 ans ou plus.

Cette évolution s’accompagne d’une dégradation de l’état de santé des femmes avant la grossesse. Santé publique France relève que 38 % présentent un surpoids ou une obésité, tandis que le diabète gestationnel a doublé en douze ans, passant de 7,5 % en 2012 à 15 % en 2024. Autant de facteurs qui accroissent les risques pour la mère comme pour l’enfant.

Des décès néonatals aux causes parfois inexpliquées

La hausse de la mortalité infantile s’explique d’abord par les décès survenant dans les vingt-huit premiers jours de vie. En 2023, 51,8 % de ces décès néonatals étaient liés à des affections d’origine périnatale et 19,5 % à des anomalies congénitales, ces dernières touchant 3,5 % des naissances, une proportion supérieure à la moyenne européenne.

Elodie Lebreton, chargée d’études à Santé publique France, a souligné qu’environ 10 % des décès de nourrissons restent sans cause identifiée, une part en augmentation depuis 2020. Les écarts territoriaux demeurent par ailleurs marqués, le taux variant de 2,83 à 4,9 pour 1 000 selon les régions métropolitaines, et grimpant jusqu’à environ 10 pour 1 000 à Mayotte.

La santé mentale des mères, un angle mort persistant

Le bilan met en lumière l’ampleur de la souffrance psychique après l’accouchement. Deux mois après la naissance, 17 % des mères, soit près d’une sur six, présentent des symptômes dépressifs, et 27 % des symptômes anxieux. Une femme sur vingt rapporte des pensées suicidaires, une proportion qui atteint près de 30 % en Guadeloupe.

À l’échelle du pays, l’agence estime à près de 200 000 le nombre de femmes concernées chaque année par une dépression, une anxiété ou des idées suicidaires dans les deux mois suivant la naissance. Le suicide figure parmi les deux premières causes de mortalité maternelle depuis 2013, avec une quinzaine de décès annuels. Or seules 27 % des femmes ayant connu des difficultés pendant leur grossesse ont bénéficié d’une prise en charge en santé mentale.

Une prévention encore trop peu suivie

Santé publique France pointe une adhésion insuffisante aux mesures de prévention établies. La supplémentation en acide folique avant la grossesse ne concerne que 27 % des femmes, et l’information sur la prévention du cytomégalovirus seulement 15,7 %. La première consultation prénatale précoce a été réalisée dans 62 % des cas en 2024, contre 25 % pour la consultation postnatale précoce.

Michel Vernay, directeur des maladies non transmissibles à l’agence, a rappelé que « tous les événements pendant la grossesse et le post-partum affectent la vie de l’enfant, de la mère et du partenaire ». L’organisme définit quatre priorités : renforcer les dispositifs de prévention existants, approfondir la recherche sur les causes de la hausse de la mortalité infantile, mobiliser les acteurs face aux risques liés à l’âge maternel et à la santé préconceptionnelle, et améliorer la surveillance épidémiologique.

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